Bonifier le filet social

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Éric Dubois

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Le Quotidien

Il fallait s'en attendre. À chaque fois qu'il est question de finances publiques, le gouvernement du Québec annonce des coupes à l'aide sociale.

Libéraux, péquistes, il semble que la recette éprouvée consiste à faire porter le blâme de la mauvaise gestion de l'argent des contribuables sur le dos des personnes en situation d'exclusion et de pauvreté. C'est facile, on laisse les préjugés faire tout le travail. Et ces pauvres lancés en pâture semblent être l'écran idéal pour camoufler les «vraies affaires» qui pourrissent notre démocratie, comme la corruption, la fiscalité déficiente, les inégalités croissantes.

Tantôt on gèle le montant des prestations pendant quelques années, tantôt on pénalise ceux qui partagent un logement, maintenant on supprime des programmes qui venaient en soutien aux jeunes qui veulent s'en sortir. On catégorise les «bons» et les «mauvais» pauvres. On met en gros titre dans les journaux que les assistés sociaux voyagent dans le Sud ou possèdent des maisons de 500 000$, alors que c'est totalement faux. Le simple test de la réalité suffit pour faire tomber beaucoup de préjugés. La prestation mensuelle d'une personne apte à l'emploi est de 610$.

Mais à qui profitent vraiment ces préjugés? Que gagnons-nous collectivement de l'affaiblissement de nos droits sociaux, de ce mépris entretenu comme un nouvel outil de contrôle social?

Une prise de conscience de la dynamique des classes sociales nous permet de réaliser que ce mépris envers les assistés sociaux pourrait être en fait un mépris dirigé vers nous-mêmes, envers nos proches, nos collègues, nos amis. Car en constatant la façon dont s'opère la mobilité sociale, le risque est grand pour la majorité d'entre nous, qu'un jour ou l'autre nous partagions la réalité de ces gens qui se retrouvent en marge d'une économie qui carbure à la précarité et à l'exclusion. Pour prendre une image bien connue, il y a beaucoup plus de serpents que d'échelles dans la vraie vie! Il y a parmi nous plus de «Ti-Guy» ou de «Manon» que de PKP ou de Céline. Il est faux de croire que le capitalisme amène la justice; en fait c'est tout le contraire.

C'est cette prise de conscience qui a été à l'origine de la création de nos programmes sociaux. C'est pour cela que le Québec a adopté, au sortir de la Révolution tranquille, une Charte des droits et libertés, qui inclut la question des droits économiques et sociaux. Nous avons fait le choix de nous doter d'un filet de sécurité sociale pour protéger notre monde de la misère. De toute évidence, ce filet doit être revu, et ce choix maintenu. L'aide sociale ostracise et maintient ses prestataires dans une pauvreté et une précarité qui n'est pas acceptable. On doit revoir nos protections sociales pour les bonifier, pour en combler les nombreux trous, offrir une meilleure protection contre la pauvreté, des mesures de formation et des outils vers l'autonomie; surtout pas pour les réduire comme peau de chagrin afin de financer les baisses d'impôts des plus aisés!

Le ministre de la Solidarité sociale François Blais, lorsqu'il pouvait se permettre de penser, avait bien articulé l'idée d'un revenu minimum garanti universel. Cette idée vise à rétablir une meilleure répartition de la richesse collective en assurant un revenu minimum à chacun des membres de notre collectivité. Cette idée m'apparaît être une piste intéressante pour réfléchir à l'avenir de nos programmes sociaux, et traiter de la pauvreté comme un problème systémique, et non une responsabilité individuelle. M. Blais aurait pu apporter son expertise en haut lieu, mais ça, c'est bien dommage, c'était avant qu'il ne devienne l'un des ministres du «culte de l'austérité».

Éric Dubois

Conseiller syndical et militant social

La Baie

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