Ébola, «don't panic» !

Russel-Aurore Bouchard... (archives Mariane L. St-Gelais)

Agrandir

Russel-Aurore Bouchard

archives Mariane L. St-Gelais

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Le Quotidien

Par les temps qui courent, il est beaucoup question de la fièvre Ébola qui sévit en Afrique et qui risque d'affecter d'ici peu les populations des pays occidentaux. Les gens ont peur! Ce qui est tout à fait normal dans des circonstances où une part d'inconnue prédomine. Le péril étant à nos portes, à ce qu'il paraît (!?), l'OMS est sur le pied de guerre et les États tentent de se préparer au pire en attendant le résultat des tests d'un vaccin mis au point au Canada et vérifié sur des humains aux États-Unis

À ce que j'entends souvent depuis quelques jours dans la rue et dans plusieurs médias sociaux, le degré de dangerosité serait comparable à celui de la fameuse grippe espagnole qui a décimé une petite partie de l'humanité au cours de l'été et de l'automne 1918. N'étant pas médecin, je ne peux évidemment pas me prononcer sur cette tribune médicale qui requiert des connaissances que je n'ai pas. Mais comme historienne, il m'est possible d'évoquer certains faits passés qui devraient nous permettre de relativiser et d'éviter la panique qui n'est jamais bonne conseillère.

Historiquement parlant, j'ai étudié quelques cas d'épidémies dans différentes municipalités du Saguenay-Lac-Saint-Jean. À l'époque de la grippe espagnole puisque ce cas est régulièrement évoqué, on ne comprenait pas le phénomène; les populations ont été surprises sans s'y être préparées et les pratiques sanitaires étaient totalement inadéquates.

À Val-Jalbert, où j'ai noté le plus grand nombre de décès par habitants (parmi les localités étudiées), j'ai découvert que l'alimentation en eau potable était souillée par les rejets industriels et de tout ce qu'on y trouvait alors. Idem pour les fièvres typhoïdes qui ont affecté les populations qui puisaient leur eau directement dans la rivière Saguenay et qui s'y baignaient sans savoir qu'elles étaient directement en contact avec des bactéries mortelles venues des cités éparpillées tout autour du lac Saint-Jean et le long du Saguenay.

Au 19e siècle, les témoignages recueillis et publiés dans les «Mémoires de Jean-Baptiste Petit» en portent de nombreuses mentions; pas de système de traitement des eaux usées, les gens crachaient partout, ne se lavaient pas les mains, déféquaient dans des bassines, et, dans les lieux publics, crachaient dans des crachoirs. À l'automne venu, des engagés nullement formés, s'employaient à vider les latrines des édifices publics, mettaient cette fiente mortelle dans des tombereaux ouverts et allaient verser le tout au bout du quai du Gouvernement, pied de la côte Salaberry. Le marchand Jean-Baptiste Petit, qui tenait magasin sur la rue Racine, rapporte que pendant cet exercice annuel, la rue était souillée d'un bout à l'autre et que la puanteur devenait insoutenable. En plein coeur de la capitale régionale, c'est tout dire!

Vous comprenez alors que les conditions n'étaient pas les mêmes qu'aujourd'hui. Lors de la fameuse épidémie de Marseille, en 1721, qui a pratiquement décimé (une autre fois), la population autochtone des Postes du Roi et plus particulièrement celle de Chicoutimi qui négociait directement avec ces navires outre-atlantiques, on ensevelissait les corps sur le coteau du Bassin dans leur couverture (déjà infectée à Marseille) et, la nuit venue, des survivants allaient déterrer les corps de leurs proches morts la veille pour leur reprendre leur linceul.

En toutes choses, il faut donc relativiser. À mon avis, la pauvreté et l'ignorance sont les plus grands vecteurs de toutes ces maladies. Morale de cette histoire; même si danger il y a effectivement et que la prudence soit de mise, il faut relativiser, comprendre la mécanique de la propagation de la fièvre Ébola, savoir que nous sommes relativement bien outillés en soins de santé puis espérer que les protocoles mis en place par le système de Santé soient adéquats et efficaces, ce qui est de notre ressort de nous en assurer.

Russel-A. Bouchard

Historienne

Chicoutimi

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer