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L'évêque du diocèse de de Chicoutimi, monseigneur André Rivest.

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Le Quotidien

Il y a des statistiques qui questionnent et des prospectives qui stimulent à revoir la transmission du message évangélique. Dans les années 60, l'Église catholique du Saguenay-Lac-Saint-Jean comptait plus de 426 prêtres et 1775 frères et religieuses. Ces personnes consacrées oeuvraient dans 95 paroisses et rayonnaient dans de multiples institutions et organisations: hôpitaux, séminaires, écoles, université, organismes de bienfaisance, de solidarité, d'éveil, et bien d'autres. Ils faisaient battre le coeur des villes et des villages, contribuaient à leur cohésion, assuraient leur vitalité.

En 2021, vu l'absence de relève et sans tenir compte des mortalités possibles, il restera 14 prêtres de moins de 65 ans et dix prêtres entre 65 et 75 ans. La baisse du nombre de religieux et religieuses, de diacres et d'agents de pastorales est aussi significative. Il en est de même des pratiquants et pratiquantes et, en conséquence, des paroisses.

Des 95 communautés paroissiales que comptait jadis le diocèse, 35 ont été dissoutes, et les restantes sont réduites à huit unités paroissiales sous la responsabilité de huit modérateurs prêtres, dont chacun a la charge de six à 14 paroisses, selon la situation géographique et la population. Ils sont secondés par quelques prêtres, la plupart très âgés, et des diacres ou des agents et agentes de pastorale de moins en moins nombreux.

Devant cet état de fait, l'évêque du diocèse de Chicoutimi, monseigneur Rivest, souhaite qu'une petite équipe d'hommes et de femmes se forme dans chaque paroisse pour assurer une animation pastorale qui pallierait à l'absence de prêtres.

Ce plan d'action s'adapte à la situation présente. Il est rassurant, parce qu'il s'inscrit dans la continuité. Mais il ne suffit pas. Il faut aussi revoir le mode de transmission de la tradition chrétienne.

Après 2000 ans, les enseignements du Christ demeurent toujours un chemin sûr pour construire un monde plus «écologique» entre les humains. Développer et actualiser une spiritualité en lien avec la nature. Assurer un bonheur et une paix durable dès cette vie. Et pourtant, nos contemporains n'entendent plus comme une «bonne nouvelle» le message véhiculé par leur église. Il faut voir ce manque d'intérêt comme un signal qu'il y a des changements à faire dans la transmission, et passer à l'action pour transformer en source d'espoir un constat d'échec.

Mais le défi est de taille...

Il s'agit pour les catholiques de passer d'une appartenance religieuse passive, imposée pendant des siècles, au rôle actif de chercheur spirituel. De se déprogrammer d'une Église de pontifes, qui n'ont pas tenu compte de l'importance que l'être humain attache à sa liberté, pour se représenter l'Église comme une assemblée de frères et de soeurs, s'entraidant à mieux saisir et à vivre le message du Christ. De comprendre qu'être chrétien ne se limite pas à la messe dominicale, à payer sa dîme et à répéter un credo intellectualisé, mais implique de pratiquer un art de vivre imprégné de pardon, d'entraide et d'accueil, dont l'objectif est de construire un monde plus juste et plus harmonieux en soi et dans son environnement.

Le drame de la situation actuelle n'est pas que ceux et celles qui se disent catholiques ne contribuent plus à la survie de leur église, c'est qu'ils ou elles perçoivent encore la doctrine du Christ comme un carcan et ne voient pas l'importance d'appartenir à une organisation ecclésiale qui rassemble et rappelle des valeurs qui donnent du sens à la vie. Il est tout aussi désolant de voir trop de pratiquants actuels adopter les rites catholiques, ses directives morales et son credo intellectualisé, comme un refuge pour se rassurer et y vivre confortablement.

Reconnaître un manque, vivre consciemment une souffrance, tirer les leçons d'un échec, demandent beaucoup de lucidité et de courage. Cet incontournable premier pas doit être suivi de nombreux autres pour produire les changements désirés. Oeuvrer à ce que tous les êtres aient une égale chance de s'épanouir est une responsabilité qui incombe à tous, avec en première ligne les chrétiens, même non pratiquants. Se posent alors ces questions. Comment insuffler le courage de pardonner les erreurs d'une structure ecclésiale trop humaine et pas toujours cohérente avec les valeurs qu'elle véhicule? Comment aider à dépasser une morale d'obligation apprise, lourde en culpabilité, et introduire à la morale du Christ, qui prend racine dans l'amour? Comment motiver à sortir de l'indifférence et à oeuvrer à réduire la négativité de la situation en construisant des communautés vivantes dans chaque milieu? Surtout, surtout, comment entretenir la flamme chez les personnes qui s'engageront dans un projet exigeant de la patience et du souffle?

Le chemin de l'évangile est difficile et on ne peut y marcher seul. Une structure organisationnelle sera toujours nécessaire autant pour diffuser son message sans le diluer, que pour rassembler et guider les personnes qui l'adoptent. C'est pourquoi l'invitation de notre évêque doit être entendue. «Une idée devient un force lorsqu'elle s'empare des masses» écrit Karl Marx. Il est aussi vrai qu'une toute petite chandelle éclaire partout où elle est. Si plusieurs petites flammes se réunissent et se nourrissent de l'Esprit évangélique, elles enrichiront de valeurs spirituelles un monde divisé et aveuglé par l'illusoire et le superficiel.

Robert Gaudin

Saint-David-de-Falardeau

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