Lettre à mon petit-fils

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L'auteur Bernard Lapointe, est géologue retraité et fondateur de la société mjnière Arianne Phosphate, qui caresse un projet de plus d'un milliard $ afin d'exploiter un gisement de minerai dans le secteur du Lac-à-Paul au nord du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

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Le Quotidien

Je me permets de te partager ici quelques idées. J'achève ce qu'on peut appeler ma vie professionnelle active et je ressens une certaine crainte pour ton avenir dans une société qui se cherche. J'ai été ce que l'on appelle un entrepreneur. Un entrepreneur dans une communauté qui officiellement encourageait notre rôle de leader et qui officiellement, toujours, valorisait notre apport à la création de la richesse. J'ai été générateur d'emplois et je croyais pouvoir en être fier. Je me questionne aujourd'hui.

Bien avant moi il y a eu les grands développements industriels axés sur la transformation de l'aluminium ou l'exploitation de la forêt. Nos pères ont construit la «Manic» et la Baie-James. Peu de temps après j'ai moi-même parcouru le Québec à la recherche de «La Mine », tu sais celle qui donne gloire et richesse ! La quête fut longue et les temps avaient changé, apparemment. Là où mes ancêtres construisaient des barrages pour leur besoins énergétiques, je ne pouvais plus le faire. Je ne pouvais plus construire de routes où je voulais pour pouvoir atteindre mes Eldorados. Le ministère de l'Environnement a été fondé quand je commençais ma carrière d'explorateur. Nous avons cheminé ensemble et nos rapports réciproques ont été somme toutes amicaux et positifs. Même si les règles auxquelles nous sommes soumis sont maintenant parmi les plus rigoureuses au monde, mon industrie s'accommode très bien de celles-ci.

Je suis aujourd'hui confronté à une notion nouvelle et à géométrie variable: l'acceptabilité sociale. Une acceptabilité basée sur des critères environnementaux, de justices sociales ou d'équité intergénérationnelle ne me cause aucun problème, bien au contraire. Mais que faire avec une acceptabilité sociale basée sur des valeurs ? Des valeurs personnelles ? Des valeurs québécoises? Je voulais utiliser des routes existantes mais ça gênait les villégiateurs. Les trains qui ont développé notre pays ne peuvent plus servir car les habitations sont maintenant trop rapprochées des voies ferrées. Les sites favorables à la construction de ports ou d'accès à l'eau ne peuvent également plus être utilisés car ils sont réservés pour usage touristique ou autre. Nous sommes dans une société de consommation où tout développement industriel n'a pas sa place. Je dérange. Toutes les espèces animales doivent être protégées contre l'exploitation humaine. La désinformation et le mensonge s'invitent allégrement dans les discussions. Les experts ne sont plus écoutés. On me demande même de réparer les erreurs de l'histoire en négociant des ententes de compensation avec les Premières Nations. On ne réécrit pas l'histoire sur le coin d'une table de négociation. Qui plus est, des ententes signées sont respectées quand ça fait notre affaire mais bafouées quand ça ne nous avantage pas.

À un endroit ce sont des médecins qui s'opposent à l'exploration de l'uranium, élément pourtant utile en médecine nucléaire. Ailleurs ce sont des professeurs qui sont contre tel ou tel développement. Des artistes

s'opposent à la construction de petites centrales hydrauliques en prétextant d'énormes surplus d'énergie chez Hydro-Québec. Des surplus qui semblent ne plus exister quand il est question de parcs éoliens. Je ne comprends plus.

Mon industrie est particulièrement malmenée. Et mal aimée. De Germinal à Avatar, les méchants sont toujours dans les mines. Pourtant on produit des biens essentiels. Tout en étant des PME québécoises, en se fait traiter d'étrangers qui viennent voler la richesse du peuple. J'en ai marre. Je ne veux que participer au développement économique et créer un peu de richesse qui servira à te faire instruire et soigner plus tard, cher petit-fils.

Voilà, en cette époque où l'on débat de nos valeurs québécoises sur fond de voile religieux, je me questionne sur nos valeurs humaines fondamentales telles que l'altruisme et la solidarité. J'entends, de la bouche de personnes privilégiées (nous sommes nombreux au Québec dans cette catégorie), qu'ils s'opposent à l'ouverture d'une mine dont le concentré final servira à produire des fertilisants car ils n'ont pas les mêmes valeurs. Ils sont bien chanceux de pouvoir se passer d'engrais, la majorité des sept milliards d'individus sur Terre ne peuvent s'en passer, du moins pour l'instant. Voilà cher petit-fils encore à naître. Tu hériteras d'un monde complexe mais plein de potentiel. J'espère que ce monde te permettra de travailler et de grandir.

"*

L'auteur, Bernard Lapointe, est géologue retraité et fondateur de la société minière Arianne Phosphate, qui caresse un projet de plus d'un milliard $ afin d'exploiter un gisement de minerai dans le secteur du Lac-à-Paul, au nord du SaguenayLac-Saint-Jean.

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