Une donnée essentielle

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Le Quotidien

Si j'avais eu à participer au sondage récent sur l'opportunité du projet de centrale électrique de Val-Jalbert, je me serais rangé parmi les indécis. Pourquoi? Tout simplement parce qu'il règne une grande incertitude sur la donnée principale de ce projet : à quoi exactement ressemblera la chute au terme de la construction d'un barrage? Étrangement, le débat public a véhiculé sur ce sujet les informations les plus contradictoires. À d'autres moments, il s'est fait tout simplement muet. En conséquence, après plusieurs mois de publicité intense, on ne sait pas où on en est.

Selon les promoteurs et partisans du projet, l'allure de la chute ne sera pas altérée durant l'été. Selon les opposants, elle sera gravement et définitivement compromise. Dans ces conditions, on s'attendrait à ce que le débat se nourrisse essentiellement de données scientifiques fiables, produites par des acteurs désintéressés. Il n'en est rien. Personnellement, les seules informations de ce genre à être venues à ma connaissance ont été produites il y a une quinzaine de jours par Le Quotidien dans une lettre de lecteur. Les chiffres comparaient le débit d'eau de la chute avant et après la construction du barrage. On y précisait aussi le seuil minimal en termes de mètres cubes pour que la chute ressemble toujours à une chute, en vertu d'un critère dit «esthétique».

Ce qui ressortait de ces chiffres, c'est que l'effet sur la chute serait tout simplement catastrophique. Le problème toutefois, c'est que l'auteur de la lettre ne fournissait aucune information sur la source (et la crédibilité) de ses données.

À mon sens, la question paysagiste est pourtant déterminante, beaucoup plus que l'argument économique. En effet, quel que soit le scénario qui prévaudra en définitive, il y aura des pertes. Si le barrage se construit, il sera très longtemps déficitaire pour Hydro-Québec (et pour l'ensemble de notre société). Si le projet est interrompu, des dépenses auront été engagées inutilement et des sanctions s'ensuivront.

Au plan économique, l'argument le plus fort est celui du développement local. De ce point de vue, le projet de barrage, tel qu'il a été monté, est très louable : une coalition de partenaires publics et parapublics poursuivant des objectifs communautaires. Il participe pleinement de l'esprit que cette région cultive depuis longtemps : se débrouiller soi-même, s'efforcer de sortir de la dépendance qui a toujours pesé sur l'histoire de Saguenay-Lac-Saint-Jean. Mais à quel prix?

Chacun sait la beauté de cette chute et l'immense attrait (touristique et autre) qu'elle exerce auprès des populations d'ici et d'ailleurs. Chacun est sensible aussi, j'imagine, à la responsabilité qui nous incombe collectivement de préserver ce patrimoine unique, chargé d'histoire. Si le barrage entraînait les conséquences que l'on craint, le dommage serait irréparable et l'attribution des blâmes ne mènerait à rien. D'âpres divisions et controverses seraient aussi à prévoir, et pour longtemps.

Avant qu'il ne soit trop tard et afin de favoriser une décision éclairée dans l'intérêt de tous, quelqu'un pourrait-il produire une information complète, claire et fiable sur la question qui, en définitive, est déterminante : dans quelle mesure l'aspect de la chute sera-t-il altéré par ce barrage? Tant que cette condition ne sera pas remplie, on est en doit, raisonnablement, d'exiger de l'État qu'il mette ce projet en attente.

Gérard Bouchard

Historien et sociologue

Université du Québec à Chicoutimi

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