Une décision légitime

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Le Quotidien

On apprenait récemment que Saguenay (par le truchement de son organisme Promotion Saguenay) avait accordé une subvention de 100 000$ pour financer le dispositif d'éclairage extérieur de l'église Saint-Dominique de Jonquière. J'ai pu constater, par des propos que j'ai entendus, que cette décision suscite des désaccords. Selon certains, la règle de laïcité qui établit la séparation de la religion et de l'État serait enfreinte. Or, je pense qu'il y a ici confusion; cette décision me semble parfaitement légitime.

En effet, dans ce cas, l'aide financière n'a pas pour but de favoriser une religion mais de supporter un édifice dont la valeur patrimoniale est reconnue par tous. C'est au titre du patrimoine et de l'héritage historique que la Ville est intervenue, comme elle pourrait le faire pour n'importe quel objet du patrimoine régional. La règle première de la laïcité est donc sauve. De la même façon, et pour la même raison, il est légitime de préserver les croix de chemin (les « rosaires «), les vieux monuments ou statues à caractère religieux, ou tout autre symbole depuis longtemps intégré au paysage collectif (la croix du Cap Saint-François à Chicoutimi, la statue de sainte Anne au Cap Trinité etc).

Ces exemples diffèrent substantiellement de la prière aux séances du conseil municipal. Dans ce cas, on porte directement atteinte au fondement de la règle de laïcité car on introduit un élément intrinsèquement religieux dans une enceinte qui est le coeur même de la vie civique. Dans les sociétés laïques, les conseils municipaux, tout comme les parlements ou les assemblées nationales, ont le devoir d'observer une règle de stricte neutralité. Cette règle vise les croyances religieuses mais aussi tout ce qui concerne les convictions de conscience, dont certaines ne sont pas religieuses (par exemple, celles qui sont fondées sur l'idéal de l'humanisme). Parce que ces institutions représentent le coeur de la vie démocratique, elles sont liées par le devoir de traiter à égalité toutes les convictions de conscience (religieuses ou non). C'est pourquoi un rituel religieux comme la prière publique n'y a pas sa place. Il introduit parmi les citoyens un élément de démarcation, d'inégalité, sinon d'exclusion.

Par contre, un moment de silence que chacun peut mettre à profit à sa guise (une prière de son choix, un instant de réflexion ou de recueillement) est tout à fait recommandable. Une telle formule sert les croyants (qui peuvent ainsi accomplir en toute liberté leur devoir) sans empiéter sur les droits des incroyants. La seule différence, c'est que tout cela se fait en silence. Mais pourquoi est-il donc si important qu'une prière soit récitée à haute voix? En quoi a-t-elle plus de valeur qu'une prière récitée en silence?

Saguenay, un important centre urbain du Québec, doit elle aussi s'adapter à la diversification de notre société. L'homogénéité ethnique ou culturelle appartient à une ère révolue. Comme on le fait partout en Occident et ailleurs dans le monde, il faut désormais s'employer démocratiquement à mettre en oeuvre de nouvelles façons de vivre ensemble qui respectent les différences dont chacun est porteur, tout en préservant les valeurs fondamentales de notre société.

Enfin, on pourra certes se demander si le montant de 100 000$ est excessif, mais c'est là une question qui ne relève pas de la laïcité.

Les lecteurs et lectrices qui souhaiteraient prolonger la réflexion sur le sujet peuvent consulter le chapitre 5 du livre que je viens de publier (L'interculturalisme. Un point de vue québécois).

Gérard Bouchard, sociologue et historien

Professeur UQAC

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