Vous connaissez le mot « démagogie «? Il provient du grec demos (peuple) et ago (conduire) : la démagogie est donc l'art de conduire le peuple en jouant sur les émotions, les pulsions et les passions. Rien à voir avec la raison. Dans sa chronique publiée dans Le Quotidien du 22 mai dernier Myriam Ségal me semble la démagogue de service, vouée à la défense de l'ordre et du pouvoir. Elle écrit des phrases dont la faiblesse argumentaire me coupe le souffle. Ainsi, affirme-t-elle que Jean Charest « y va à coups de hache dans la toiture, mais on réparera ensuite! « Elle associe dans la même tirade les « anti-Charest «, la gauche, les anarchistes, les artistes et les casseurs. Des raccourcis intellectuels qui deviennent autant de raccourcissements de la pensée. La chronique n'élève pas le débat. D'ailleurs, la démagogie ne prétend élever le débat, car elle est au service de l'émotion virulente et ne s'adresse pas à la raison. Le propos est incisif et elle clame son indignation envers ces enquiquineurs! Le même jour, ce 22 mai, la chroniqueure Marie-Claude Lortie posait une question toute simple dans La Presse : « Que cherchait le gouvernement exactement en agissant comme il l'a fait? « Aller récolter des appuis dans la population en se donnant des airs de « Rambo politique «, c'est une chose. Assurer la paix sociale, c'est une autre. «
Nous sommes loin des affirmations incendiaires de la chroniqueure du Quotidien, laquelle ne cesse de déterrer la hache de guerre chaque fois qu'elle parle des étudiants.
Comme l'a affirmé jadis Jean-Jacques Rousseau dans son essai « Du contrat social «, « il y aura toujours une grande différence entre soumettre une multitude et régir une société. « Régir, cela implique légiférer, c'est-à-dire faire des lois. Le même Jean-Jacques Rousseau précisait d'ailleurs à ce sujet que « la grande âme du législateur est le vrai miracle qui doit prouver sa mission. «
Les mots de Mme Ségal invitent à la soumission, à grands coups de hache si nécessaire, et manquent de grandeur d'âme. Après coup ce n'est pas une toiture qu'il faudra réparer, mais toute une jeunesse.
Dans sa chronique, Marie-Claude Lortie a rappelé avec noblesse les propos de François Mitterand (un gauchiste!) prononcés lors des événements de mai 68. Je conclus avec ces paroles élevées qui peuvent nous inspirer aujourd'hui encore : « Si la jeunesse n'a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort. «
Marc Fournier, Alma
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M. Fournier,
Je respecte votre vision des choses sans la partager. Petite précision : je n'en ai pas appelé à la soumission, mais au respect des lois et des tribunaux, fondements des sociétés civilisées.
Jean Charest a géré minablement la crise. Nous nous vengerons aux élections, imminentes par ailleurs. Mais il faut ramener la paix et les autres acteurs politiques ont plutôt chacun ajouté de l'essence sur le brasier.
Aucun ne s'est posé en leader responsable et apaisant. Cela me désole. Quant à la « jeunesse «, je la côtoie assez pour savoir qu'elle n'est pas uniforme et monolithique, pas plus que la société en général, aussi profondément divisée que lors d'un certain référendum.
Myriam Ségal, Chroniqueure, animatrice et professeure de cégep