Merci de m'avoir permis d'étudier

Le Quotidien

Issu d'une famille de la classe moyenne, lorsqu'est venu le moment de m'inscrire à l'université, la question des droits de scolarité a joué un rôle prédominant dans ma décision. J'avais droit au prêt étudiant mais non pas à une bourse. J'étais le seul enfant parmi les cinq de la famille à vouloir poursuivre à l'université. Mes parents m'ont alors demandé si des études collégiales n'étaient pas suffisantes, considérant que j'allais être sans revenu substantiel en plus de m'endetter pendant ces cinq futures années sur les bancs de l'université.

Je suis convaincu aujourd'hui, que si les droits de scolarité avaient été plus élevés, je n'aurais pas pris le risque de m'endetter autant. Pour quelqu'un qui vient d'un milieu aisé et de parents ayant fait des études universitaires, la question de l'endettement n'inquiète pas trop. Il en est autrement dans des milieux socio-économiques modestes, où l'option de s'endetter plutôt que de se diriger vers le marché du travail est rarement supportée.

Cette situation s'est passée en 1980. Aujourd'hui en 2012, je me désole de constater que dans le débat actuel, certaines personnes ne puissent pas imaginer qu'il existe encore des étudiants pour qui la hausse des frais de scolarité peut compromettre l'accès au cégep ou à l'université, et ce même si le régime des prêts et bourses était bonifié.

Il existe des enfants doués pour les études qui sont issus de milieux où l'on ne valorise pas à priori les études supérieures. Les droits de scolarité sont pour eux une réelle barrière. Ce ne sont pas tous les programmes d'études collégiales ou universitaires qui garantissent un emploi et nettement plus rémunéré. Il existe une crainte réelle d'endettement quand on ne peut pas compter sur des parents fortunés pour pallier à un défaut de paiements.

Je suis fier et reconnaissant de vivre dans une société qui permet à tous les citoyens qui le désirent d'accéder à des études supérieures à des coûts raisonnables. Ça me rassure de savoir que dans ma province, l'accès à l'université est possible pour tous et que contrairement à d'autres provinces ou pays, celui-ci n'est pas tributaire des contacts personnels que l'on peut avoir avec les dirigeants de grandes entreprises ou de fondations qui distribuent des bourses d'études de façon discrétionnaire et selon leurs propres intérêts.

Le Québec en a choisi autrement et je souhaite qu'il continue à le faire. Cet accès facilité aux études supérieures n'est ni un cadeau, ni un privilège; il s'agit d'un échange profitable pour la société et l'étudiant. Sachez que depuis, tout comme la grande majorité des diplômés post-secondaires, j'ai largement remboursé mon dû à la collectivité par les impôts que j'ai payés et par les responsabilités professionnelles que j'ai assumées.

Cet automne, un étudiant est venu me voir pour me signifier qu'il n'avait pas encore acheté le bouquin obligatoire pour le cours que j'enseigne à l'UQAC; il n'avait pas reçu son prêt et il voulait s'assurer d'avoir quelque chose à manger jusque-là. Et je sais que cet étudiant, comme d'autres, n'avait ni cellulaire, ni automobile, ni vêtement griffé, mais un appartement à payer et un frigo à remplir. Merci de leur permettre d'étudier.

Alain Héroux, chargé de cours, UQAC

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