Savoir prendre son temps

Le Quotidien

À l'âge de 40 ans, je me trouve assise sur les bancs d'école au cégep. Je suis émerveillée par l'organisation du contenu du cours et par les processus d'apprentissage disponibles. Il ne me reste qu'à lire et à comprendre la matière pour passer aux examens. Et voilà qu'un beau jour, la professeur décide de nous faire vivre une nouvelle expérience d'apprentissage.

Elle remplace l'exposé traditionnel de la matière par une étude dirigée en équipe. Je me retrouve avec quatre autres étudiants bien plus jeunes que moi. Ils sont vites, je commence à me désespérer, je lève ma main et je vide ma frustration en disant à haute voix que je ne sais pas travailler en équipe, que je n'aime pas travailler en équipe non plus et que j'ai besoin de me fermer les oreilles pour pouvoir lire et comprendre l'exercice. Et, tout de suite, je me tais, les yeux pleins d'eau.

Mes coéquipiers semblent se demander quoi faire avec ça! Je me calme en me disant que j'arriverai plus préparée au prochain cours. Je pourrais bien me justifier sur le fait que j'ai une famille avec trois jeunes enfants à m'occuper, ainsi que des repas à préparer, un travail à temps partiel, des études à temps plein et que je ne suis plus jeune... Mais non, il ne s'agit pas du tout de cela!

Je suis aux prises avec la tyrannie du travail en équipe. On est quasiment obligé de savoir travailler en groupe, ce qui n'est pas évident pour tous, même si nous sommes tous soumis à la règle qui veut que ceux qui sont capables de travailler en équipe aient les postes les plus payants, les plus éminents, les plus recherchés.

J'ose croire que les solutions les plus créatives et équilibrées sont résultats d'un processus de raisonnement personnel, certainement influencé par l'entourage, mais découlant d'une minute de consolidation dans notre tête! Combien de professionnels sont présentement en congé maladie justement parce que son temps de raisonnement a été sous-évalué? Combien de personnes envisagent le pire justement parce que les exigences sociales implicites veulent que nous soyons connectés à plusieurs amis?

Non seulement le travail nous met sous la tyrannie du travail en équipe, mais aussi la vie en société. J'ai l'impression qu'il existe un besoin de contact à nous même, ainsi que de la qualité dans nos relations, et que cela devient tout confondu lorsque qu'on nous exige de travailler et de fonctionner en équipe. Nous oublions de respecter le rythme des autres et, principalement, le nôtre. J'aurais pu me dire que je ne suis pas intelligente ou que je suis vieille pour un retour aux études, tandis que, dans la réalité, je n'ai besoin que du temps...

Cristina Primo Busatto, Chicoutimi

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