Un exemple de solidarité... plutôt rare

L'aluminerie Rio Tinto Alcan d'Alma a déclenché un... (Photo: Gimmy Desbiens, Le Quotidien)

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L'aluminerie Rio Tinto Alcan d'Alma a déclenché un lock-out le 1er janvier 2012. Quelque 780 travailleurs sont touchés.

Photo: Gimmy Desbiens, Le Quotidien

Le Quotidien

Le conflit de travail déclenché à l'aluminerie de Rio Tinto Alcan à Alma a généré de nombreux commentaires. Voici des extraits pertinents et représentatifs de ce volumineux courrier des lecteurs.

De nos jours, c'est bien vu de dénigrer les syndicats. Je suis toujours impressionné de voir des travailleurs décider de (se tenir debout) dans une société individualiste et égoïste comme la nôtre.

Les gars d'Alma, qui sont parmi les mieux payés au Québec, ont refusé à plus de 80% de laisser Rio Tinto Alcan donner leurs emplois en sous-traitance et à rabais. «On veut que ceux qui vont être engagés dans l'avenir aient d'aussi bons salaires que nous », a dit le jeune président du syndicat, Marc Maltais.

On croit rêver tant on n'est plus habités à autant de solidarité et de lucidité. La flexibilité de l'emploi réclamé un peu partout par les patrons est en train d'annuler tous les gains sociaux que les travailleurs ont pris deux siècles à gagner au prix de luttes souvent meurtrières. Et pourtant, ils savent qu'ils vont en payer le prix, eux, leur famille et leur communauté, pour des mois, pour toujours peut-être.

Paradoxe, la PDG de Rio Tinto Alcan, Jacinthe Côté, est originaire du Lac-Saint-Jean. Elle a été élevée dans une famille modeste du Rang Nord de Normandin, comme moi, car c'est ma petite cousine...

Roméo Bouchard, Saint-Germain-de-Kamouraska

***

Cela fait quelques mois déjà que nous parlons de la négociation de l'aluminerie d'Alma. Pour certains, les travailleurs se plaignent « le ventre plein » et pour d'autres, les revendications des travailleurs sont légitimes.

Les travailleurs de l'usine Alma ont donné un vote de grève fort par nécessité et par respect de ses valeurs dont l'objectif fondamental est d'assurer la pérennité de nos emplois. Nous pouvons avoir la plus belle convention collective qui existe, s'il n'y a plus de travailleurs pour en bénéficier, qu'aurons-nous gagné ? Pour cette raison, l'enjeu d'un plancher d'emploi est d'une importance capitale.

La perception que nous avons de l'employeur est celle qu'un emploi syndiqué est un emploi de trop,et plus encore, qu'il n'est pas même pertinent que cela fasse partie de la négociation. Je tiens à attirer votre attention en vous mentionnant que nous ne sommes pas contre la sous-traitance à l'usine Alma. Nous acceptons la sous-traitance pour les travaux d'urgence et les travaux spécifiques.

Aujourd'hui les travaux de sous-traitance que nous voyons dans nos murs sont des travaux visant à remplacer les emplois de qualité. Parlons maintenant de la «déresponsabilisation » pour expliquer la sous-traitance. Nous pouvons penser que pour RTA, c'est l'objectif ultime. Il n'est pas responsable des sous-traitants envers la CSST, ni responsable des fonds de pension etc.

Pour une entreprise qui bénéficie d'avantage énergétique de centaine de M$ par année, il est loin d'être certain que c'est le genre de retombées que mérite la région. C'est donc à nous, aujourd'hui, de faire comme nos prédécesseurs et mener nos combats pour une répartition juste et équitable de nos richesses et ainsi conserver, pour les générations à venir, des emplois de qualité.

Daniel Boily, ravailleur RTA Alma

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Dans son dernier papier, publié le 3 janvier, l'éditorialiste François St-Gelais fait encore une fois très bien le tour de la situation et pose de façon brillante les enjeux, mais cela se gâte un peu, selon moi, à la fin: «la réalité de RTA, une entreprise qui redonne beaucoup et depuis longtemps à la collectivité et qui investit beaucoup ici,».

Avec cette assertion, on est plus dans le monde des affaires mais à Centraide ! Car ces investissements concernent l'image de la compagnie. Il faut le dire et le redire, là où l'impact économique de la compagnie se fait le plus sentir, c'est dans les salaires qu'elle paie à ses 780 travailleurs lesquels percolent partout dans l'économie régionale.

Avoir des usines hautement performantes technologiquement, cela implique, on le réalise depuis plusieurs années, des diminutions d'emplois et de cela on n'a pas le choix. Si en plus on baisse la masse salariale au niveau de la sous-traitance, on revient à la case départ des années 40 où la rentabilité de cette industrie profitait peu aux travailleurs et beaucoup aux actionnaires.

Par rapport à cet enjeu, les travailleurs d'Alma pensent qu'ils peuvent avoir le choix au contraire des travailleurs de Jonquière. Pourquoi ne revient-on jamais sur ce qui s'est passé à Jonquière en 2006 où le syndicat a créé un précédent avec lequel Alma doit vivre maintenant?

Gaétan Lepage, Saguenay

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Aujourd'hui, toutes les raisons données par les compagnies et ceux qui les appuient sont bonnes pour refuser aux travailleurs des garanties comme le plancher d'emplois. Le dernier argument que François Saint-Gelais, éditorialiste au Quotidien, appuie : il faut laisser à Rio Tinto-Alcan le champ libre pour une productivité de plus en plus accrue par l'apport de technologies de plus en plus sophistiquées.

D'accord dans une certaine mesure, mais je ne partage pas son appui à cette manière de faire d'une compagnie pour, soi-disant, être plus compétitive. Une manière d'engranger davantage de profits pour satisfaire des actionnaires et qui se fera au détriment des humains dans les usines. Ces derniers doivent toujours faire partie de l'équation.

Du moins, jusqu'à ce que l'on mette sur pied le contingent de robots doués de la matière grise nécessaire à leur remplacement! À moyen et long termes, le remplacement, par les générations futures, de travailleurs dont les conditions salariales et normatives qui font non seulement l'envie, mais sans lesquels notre économie battrait davantage de l'aile, fera mal. Le conflit de travail entre le syndicat et RTA va d'ailleurs nous en faire la triste démonstration.

Marcel Lapointe, Saguenay-Lac-Saint-Jean

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