Les transfuges

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Le ministre Bernard Drainville.... ((Courtoisie))

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Le ministre Bernard Drainville.

(Courtoisie)

Bertrand Tremblay
Le Quotidien

Dans son grand coup de pinceau blanc d'assainissement de nos moeurs politiques, le ministre Bernard Drainville vise maintenant les «vire-capots». Il semble avoir été particulièrement scandalisé par la course à la loterie politique que favorisait l'incertitude avant la dernière élection générale du 4 septembre dernier.

Les sondages prévoyaient la victoire des péquistes, mais dans un gouvernement minoritaire. La Coalition pour l'avenir du Québec (CAQ) avait le vent dans les voiles. Des rescapés inquiets de la défunte ADQ fondée par Mario Dumont cherchaient la meilleure voie pour leur avenir politique. Ils ont choisi le nouveau parti dirigé par l'ancien péquiste François Legault.

Robespierre... pacifique

Le ministre Drainville, qui a l'âme d'un Robespierre, veut soumettre des règles correctrices à l'Assemblée nationale. Il veut éviter que le passage de députés d'un parti à l'autre pour profiter des avantages du pouvoir et même accéder au conseil des ministres devienne une mode.

«Les Québécois en ont plein le pompon des transfuges en politique», se scandalise-t-il. Le projet de loi qu'il soumettra à l'Assemblée nationale rendra le changement d'allégeance plus laborieux. Il pourrait même infliger le coût d'une partielle au député qui succomberait aux propositions tacites d'une formation opportunément favorisée par les sondages.

Le changement d'allégeance n'est pas toujours bien accueilli par les électeurs. Rappelons-nous les trois députés péquistes qui ont abandonné le navire en pleine crise de leadership. Seul Daniel Rathé a conservé son siège. La mesure la plus justifiée que le ministre Drainville suggère pour freiner l'ardeur des opportunistes, c'est d'abolir les primes de départ consenties aux députés démissionnaires.

Mais attention toutefois de mettre tous les oeufs dans le même panier. Sans trahir leurs convictions, des députés deviennent ouvertement des transfuges dans le but précis d'obtenir un avantage majeur pour leur région. Ce fut le cas d'André Harvey qui est passé du parti conservateur à celui des libéraux avec l'unique intention d'influencer le choix d'Ottawa dans l'emplacement du Centre des technologies de l'aluminium (CTA).

L'oeuvre d'André Harvey

Réaliste, il savait fort bien que le gouvernement de Jean Chrétien ne ferait pas une telle faveur à un simple député de l'opposition. Il a mené un combat tenace en prônant l'importance de l'industrie de l'aluminium chez nous. Ses efforts furent couronnés de succès, mais après avoir vécu des moments angoissants. Notamment lorsque le ministre Martin Cauchon, titulaire du ministère concerné, avait quitté précipitamment la grande salle de l'hôtel Chicoutimi où il devait annoncer officiellement l'attribution du CTA à la région parce que des syndiqués d'ailleurs venus participer à la construction de la Péribonka-2 lui refusaient le silence. Ils avaient tout simplement profité de la circonstance pour exprimer leur opposition à certaines politiques fédérales touchant les travailleurs. Ils chahutaient dès que le ministre commençait la lecture du texte officiel.

À Montréal ou à Québec, les manifestants peuvent se permettre d'embarrasser ainsi un gouvernement sans perdre un nouveau projet important, mais le contexte est bien différent en régions... Il fallut l'intervention rapide du député Harvey et de Bernard Angers, recteur de l'UQAC à l'époque, pour que le ministre Cauchon et l'équipe qui l'accompagnait acceptent de retarder leur départ. Ils s'apprêtaient à retourner à Ottawa en avion. La conférence de presse s'est finalement déroulée à l'UQAC en la seule présence des journalistes.

Malgré son intervention déterminante dans l'élargissement à quatre voies divisées du boulevard Talbot et l'obtention du CTA, André Harvey fut chassé par les bloquistes à l'élection suivante. Ainsi va la politique... Les partis dominent les politiciens. Tout est concentré autour du chef et les programmes touchant les régions servent généralement d'accessoires que la machine avale au moindre prétexte.

Si un transfuge parvient à la neutraliser à l'avantage des intérêts supérieurs de la région, il mérite d'être édifié sur le socle de la reconnaissance. André Harvey demeure, avec le regretté Marcel Dionne, le héros méconnu de l'histoire politique régionale.

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