La foi de Gilles Vigneault

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Bertrand Tremblay
Le Quotidien

En cette veille de Noël, la signification de la plus grande fête des Québécois se fait bien ambivalente. Elle ressemble à celle que manifesta le professeur, comédien et humoriste Doris Lussier, le célèbre Père Gédéon de La Famille Plouffe, quelques jours avant sa mort : «Je n'ai qu'une toute petite foi naturelle, fragile, vacillante, bougonneuse et toujours inquiète. Une foi qui ressemble bien plus à une espérance qu'à une certitude ».
En entendant le célébrant faire la lecture de cette citation aux funérailles du photographe Réal Tremblay, en août dernier, j'avais ressenti le plus grand étonnement, comme évidemment tous les parents et amis présents à l'événement. La cérémonie se déroulait dans la petite chapelle d'un salon funéraire de Québec.

L'Évangile selon...

Si un prêtre remplace l'Évangile à une cérémonie religieuse par la parole d'un artiste populaire qui proclame sa foi, c'est parce que les messagers du Christ recherchent les témoignages de grands esprits toujours attachés à leur croyance d'une vie éternelle pour contrer l'athéisme qui souffle sur le Québec contemporain.

Ce qui explique aussi pourquoi Novalis, le plus important éditeur religieux du Canada, propriété des Oblats de Marie Immaculée, s'est empressé de publier l'entrevue accordée par Gilles Vigneault à Pierre Maisonneuve, de Radio-Canada, sur ses croyances et son appartenance à l'Église catholique. Le poète et chanteur avait d'abord révélé sa foi de façon impromptue au terme d'un entretien avec l'animatrice Marie-France Bazzo.

« Ce qu'il y a de plus caché chez moi, lui avait-il confié, c'est probablement le sens du sacré, c'est la foi, la foi qu'on a dans les autres, c'est la foi horizontale, et la foi verticale, la foi en d'autres choses. Les morts ne sont pas morts, il y a une vie après la vie. Ce qu'il y a de caché chez moi, c'est la prière... »

Héritage familial

On imagine aisément la stupéfaction des grands esprits, ceux qui proclament fièrement ne plus croire en Dieu, d'entendre l'un des leurs manifester une telle « naïveté ». La révélation faite à Madame Bazzo demeura longtemps ignorée. Elle avait été faite en 2003. Un ami l'a transmise à Pierre Maisonneuve qui, après avoir secoué son étonnement, a rencontré le poète. Leur longue conversation est résumée dans un livre de 150 pages publié l'été dernier.

La foi de Gilles Vigneault est  un héritage de ses parents. Survivant avec sa soeur unique d'une famille de huit enfants, ils ont appris la soumission à une volonté indéfinissable que les croyants qualifient de divine. « Il est facile de croire, prétendra-t-il. Quand on est au milieu de tout cet Univers, quand on prend conscience de notre galaxie, des milliards d'autres galaxies... J'ai souvent pensé à Voltaire qui disait : « Je ne puis songer que cette horloge marche et n'ait point d'horloger ». L'auteur de notre hymne national : « Mon pays, ce n'est pas un pays, c'est l'hiver.. » a quitté son Natashquan natal à 13 ans pour entrer au collège classique de Rimouski, une université de la prêtrise. Il a donc grandi dans les « serre chaudes » du catholicisme.

« Vigneault, un pays intérieur » impose la méditation à chaque page. Il ouvre la pensée du poète sur une multitude de préoccupations. La langue évidemment : « Un peuple qui perdrait ce qu'il y a de sacré pour lui... si sa langue est ce qu'il y a de sacré pour lui, si ce peuple vient à perdre sa langue, il perd son âme!.... La survie d'une langue, c'est pour moi l'écologie du dedans !»

Comment notre poète national décrit-il un athée? «...un croyant qui se repose... » Lui arrive-t-il d'envisager son dernier matin? « J'y pense tous les matins! Je n'y pense pas une fois par semaine ou une fois par mois, j'y pense tous les jours... et cela me laisse raisonnement serein...»

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