Le pouvoir aux étudiants

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Bertrand Tremblay
Le Quotidien

Pierre Duchesne est-il l'agent syndical du gouvernement ou le ministre de l'Enseignement supérieur? Il a commis deux gaffes historiques dès les premières heures de son mandat en gelant les frais de scolarité trois mois avant la tenue du Sommet sur l'avenir des universités et en inscrivant dans son agenda la possibilité d'accorder le droit de grève aux étudiants.
Jamais le responsable d'une aussi haute fonction politique n'a manifesté une telle irresponsabilité. Il a voulu se rendre populaire auprès de la clientèle étudiante la plus bruyante, celle qui recèle les candidats à l'anarchie. Il n'a sûrement pas songé un seul instant aux conséquences catastrophiques d'une telle attitude démagogique pour les universités en régions.

Comme des colonisés

Car le chaos causé par les révolutionnaires de l'enseignement supérieur soutenus par les puissances organisées de la gauche radicale fut essentiellement un phénomène montréalais. Les leaders à la casserole ont tenté de mettre le feu au réseau régional, mais en vain. Seuls quelques groupuscules appartenant aux sciences molles ont suivi comme des colonisés les mots d'ordre téléguidés de la métropole.

Les étudiants des constituantes régionales de l'Université du Québec ont facilement réalisé le péril de confier leurs intérêts et leur avenir à des agitateurs métropolitains infiltrés trop souvent par des casseurs. Certes, la manipulation qu'exercent les médias nationaux, surtout la télévision, sur l'opinion publique, produit partout sur le territoire québécois ses effets pervers.

On ne peut expliquer autrement l'adulation béate du bon peuple à l'endroit de Léo Bureau-Blouin. Ce cégépien diplômé au verbe magique fut un des leaders du mouvement qui se soldera par une perte, pour l'État québécois, de quelque 150 millions$. Et c'est ce jeune homme qui fera le procès des recteurs en février prochain, au colloque sur le sous-financement de l'enseignement supérieur?

Les rumeurs de l'Assemblée nationale qui parviennent jusqu'aux oreilles des régionaux accordent beaucoup d'importance au discours des étudiants les plus radicaux. Seront-ils les seuls autour de la table avec les représentants du gouvernement et les recteurs? Qui défendra les missions que doivent assumer les universités en régions au-delà de la formation académique? La nôtre sera-t-elle encore la victime de la magouille politique comme lors des audiences de la Commission Coulombe sur la réforme de l'exploitation forestière?

On peut redouter une remise en question du rôle que jouent les constituantes régionales par les «grandes» universités concentrées à Québec et à Montréal. Comme le gouvernement a décrété le gel des frais de scolarité, il n'aura pas les ressources suffisantes pour soutenir le développement des universités. Certains participants suggéreront alors de restreindre les régions à l'enseignement au premier cycle comme l'avait recommandé Claude Ryan dans les années 1980.

Mais après une visite chez nous et une rencontre avec les chercheurs, l'ancien chef libéral qui assumait alors la direction du ministère de l'Éducation, avait reconnu la nécessité des deuxième et troisième cycles pour que les universités établies loin des grands centres urbains puissent continuer de servir aussi d'instrument de développement.

Mais l'institution agit toujours en partenariat avec les communautés et l'industrie. C'est ainsi qu'elle fut, en 1993, notamment avec la contribution d'Alcan, à l'origine du mouvement de la transformation de l'aluminium qui a tissé, autour de la grande industrie, on ne le répétera jamais assez, une toile de quelque 60 PME aux produits à valeur ajoutée générant près de 2500 emplois.

Avec la Fondation qui a versé, en moins d'un demi-siècle, quelque 17 millions$ aux étudiants reliés à la recherche et aux projets de développement soumis par le recteur, l'Université du Québec à Chicoutimi a stimulé fortement l'évolution socio-économique du Saguenay-aLac-Saint-Jean. Pensons à l'industrialisation de l'exploitation du bleuet, au Consortium de recherche sur la forêt boréale commerciale, à l'implantation du CTA et de chaires industrielles sur l'aluminium, à l'exploration minière, au centre mondial sur le givrage atmosphérique et à mille autres préoccupations.

Les étudiants radicaux que le ministre Pierre Duchesne traite aux petits oignons nous feront-ils perdre cet avantage? Espérons que le trio de nos députés-ministres veille au grain...

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