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Le président de la CSN, Jacques Létourneau

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Normand Boivin
Le Quotidien

CHRONIQUE / Je ne suis pas tellement surpris par la décision qu'ont prise les militants de Québec solidaire de rejeter une entente électorale avec le PQ.

Pendant les deux décennies où j'ai milité dans mon syndicat, j'ai souvent eu l'occasion de constater que les gens de la gauche ont tendance à se replier sur eux-mêmes quand ils se sentent menacés.

En congrès ou en conseil, les radio-poubelles revenaient souvent hanter les débats et chaque fois, les militants plus à gauche, pour qui les animateurs de ces stations et les journalistes des médias sérieux sont faits du même bois, revenaient avec leur marotte : créer leur propre média pour passer leur message. Chaque fois évidemment, le rappel à l'ordre était le même : à quoi sert de créer un média qui ne s'adresserait qu'aux convertis ? Il vaut mieux affronter les opinions divergentes dans les médias de masse, quitte à subir quelques coups.

Ainsi, quand je vois QS accuser le PQ de virer à droite, ça me fait bien rigoler. Car c'est évident que si la gauche déserte pour créer son propre parti, qui reste ? Le centre et la droite évidemment. Alors, plutôt que de se battre au sein du PQ pour tenter d'y faire triompher ses idées de gauche, on préfère rester entre copains et marginaux. Ça doit être ça le nouveau visage de la solidarité. Tourner le dos à ceux qui ne partagent pas nos idées. Et après, on plaide pour un mode de scrutin proportionnel. Ça va être beau quand va venir le temps de faire des coalitions...

Solidarité : une époque révolue ?

Parlant de solidarité, elle était où la presse à l'ouverture du congrès de la CSN ? Parce que le discours d'ouverture du président Jacques Létourneau passera à l'Histoire. J'ai écouté sa retransmission sur Internet et au cours des 20 années où j'ai participé à ces assises triennales, c'est la première fois que j'entends le président condamner de cette façon le corporatisme de certaines organisations syndicales.

Car il faut bien se le dire, l'individualisme gagne du terrain au Québec et même la gauche n'échappe pas à ce manque de solidarité. Dans son discours, on sentait que le président Létourneau était profondément blessé. Pas seulement par la perte de 22 000 membres en raison des votes d'allégeance rendus nécessaires par la fusion des accréditations syndicales entraînée par la création des CISSS et des CIUSSS. Car comme il le disait, ce n'est pas la première saignée que subit la centrale et elle s'en est toujours remise.

Ce sont plutôt les motifs sous-jacents à cette série de défections, un phénomène qu'on a commencé à observer en 2004 lors de la première vague de fusions syndicales forcées dans le réseau de la santé initiée par le gouvernement Charest et son ministre de l'époque, Philippe Couillard.

C'est là qu'on a vu émerger des syndicats de professionnels, marginaux jusqu'alors, avec pour thème en filigrane : « On ne veut pas être avec les ''moppeux'' ». À cette époque, en libération syndicale par mon employeur, j'étais vice-président du Conseil central et je travaillais, avec l'équipe de la CSN, à mettre en place les nouveaux syndicats. On en a multiplié des appels à la solidarité dans le réseau de la santé et on l'a entendu maintes et maintes fois l'argument qu'« on veut être entre nous, entre gens de même profession qui se comprennent. Pas avec les.... »

Dans son discours, c'est là-dessus qu'a insisté le président Létourneau. Cette solidarité perdue dans le réseau de la santé et qui va finalement nuire à tout le monde. Car comme il le dit si bien, la force d'une grande centrale comme la CSN, c'est de permettre aux petits salariés de mener des luttes grâce aux cotisations de tous. Aux cotisations de ceux et de celles qui ont de bons salaires et qui contribuent au fonds de défense professionnel.

L'infirmière qui travaille sur un département à l'hôpital et qui doit se battre contre des maladies nosocomiales parce que l'entretien ménager est mal fait ; mal fait parce que les « moppeux » n'ont pas été capables de remporter leur bataille pour améliorer leurs conditions de travail. Elle en souffrira elle aussi.

C'est ça le message qu'a voulu passer le président de la CSN, quand il a dénoncé le corporatisme de certains syndicats.




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