Comprendre l'oeuvre d'Arthur Villeneuve

Une toile d'Arthur Villeneuve... (Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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Une toile d'Arthur Villeneuve

Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie

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Normand Boivin
Le Quotidien

CHRONIQUE / Les propos du collectionneur Jean-Louis Gagnon à l'émission de Doris Larouche à Radio-Canada, m'ont ramené plusieurs années en arrière jeudi matin. Encore ému d'avoir vendu sa précieuse collection de tableaux et dessins du peintre Arthur Villeneuve, il se consolait à l'idée que celle-ci, désormais accrochée aux murs de la Pulperie, permettrait à la population de mieux comprendre l'oeuvre du barbier de la rue Taché.

C'était il y a plusieurs années. Je ne me souviens plus quand exactement et je ne me souviens plus non plus des circonstances exactes. Toujours est-il que je me suis retrouvé avec feu Louis Ainsley, le barbier millionnaire, qui m'avait donné rendez-vous dans une véritable caverne d'Ali Baba. Il avait loué un appartement dans la bâtisse située en avant du Parasol, à Rivière-du-Moulin. C'était son repère, là où il aimait se réfugier pour admirer en paix sa collection privée des oeuvres de Villeneuve. Je ne les avais pas comptées, mais il y en avait des dizaines sur tous les murs du logement.

À l'époque, Ainsley, qui a fini ses jours aussi pauvre qu'avant son gain à la loterie, était toujours millionnaire. Mais les oeuvres qu'il avait sur ses murs n'étaient pas le fruit du caprice d'un nouveau riche.

La plupart, il les avait achetées du vivant d'Arthur, avant même qu'il devienne le célèbre peintre naïf de Chicoutimi, par solidarité d'un barbier envers un autre. Mais au-delà de cette générosité, Ainsley admirait sincèrement l'oeuvre de Villeneuve, qu'il disait comprendre mieux que d'autres.

Moi, au début, j'y étais allé par curiosité. Car à l'époque, j'avais plutôt la vision chicoutimienne du peintre. Celle qu'on m'avait donnée dans les années 60 et 70, même quand il avait commencé à être populaire, comme quoi «c'était une vraie honte de peindre comme ça».

Je me souviens qu'on disait de «ti-tur» qu'il peignait comme un enfant, que ça nous faisait paraître pour des arriérés... mettez-en. Alors cette visite avec Louis Ainsley ne m'excitait pas au départ.

J'ai vite changé d'avis.

Les grosses têtes

Prenez les grosses têtes. Elles ont bien fait rire ces grosses têtes. Et pourtant, ce n'est pas le fruit d'un manque de sens des proportions.

«Arthur Villeneuve classait ses personnages par ordre d'importance», m'expliquait alors Ainsley, en me montrant le tableau accroché au mur représentant la visite de Miville Couture à Chicoutimi, à l'occasion du Carnaval-Souvenir. Miville Couture, c'était un monument à Radio-Canada, le père des annonceurs. Il a tenu son émission réseau matinale Chez Miville jusqu'à sa mort prématurée en 1968, à l'âge de 52 ans.

Miville était venu au Carnaval de Chicoutimi pour y animer son émission en direct et Ainsley avait utilisé l'événement immortalisé par le peintre pour me décoder Villeneuve. Je m'en souviens comme si c'était hier: «Tu vois, Miville Couture est au centre du tableau. Pour Villeneuve, c'était lui le personnage le plus important. Donc, il lui a fait la plus grosse tête. Regarde cet autre personnage. Lui aussi il a une grosse tête, mais un peu plus petite. C'est le curé. Villeneuve faisait toujours des grosses têtes aux curés, car il était très croyant», m'expliquait Ainsley.

C'était donc ça. Arthur Villeneuve a raconté, dans ses tableaux, l'histoire de sa région, et ses personnages difformes étaient une façon de situer l'importance de chacun lors des événements. Pas si fou que ça le peintre naïf.

Une autre particularité de ses tableaux tenait aussi du fait qu'il n'était évidemment pas riche et peignait sur n'importe quelle surface. Même du bois. Je me souviendrai toujours de ces quelques heures que Louis Ainsley avait pris pour me faire découvrir le peintre que je vois d'un tout autre oeil depuis. Même que si j'en avais eu les moyens, j'aurais certes acheté un de ses tableaux.

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