Aluminium vert ?

CHRONIQUE / Il y a des formules qui frappent l'imaginaire. En accolant deux... (Photo courtoisie)

Agrandir

Photo courtoisie

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Claude Villeneuve
Le Quotidien

CHRONIQUE / Il y a des formules qui frappent l'imaginaire. En accolant deux termes en apparence contradictoires, on peut attirer l'attention d'un auditoire. Les spécialistes en communication ne s'en privent pas.

On a ainsi vu le terme «pétrole éthique» il y a quelques années pour mettre en valeur le brut des sables bitumineux d'Alberta en opposition avec le pétrole de l'Arabie saoudite, sous prétexte que les femmes de ce pays n'avaient pas le droit de conduire, entre autres discriminations qui nous paraissent inacceptables. Derrière la vertu «éthique» du pétrole canadien, on voulait minimiser son empreinte carbonique et ses impacts environnementaux. On peut se demander à juste titre ce que cache le terme «aluminium vert» qui est maintenant sur toutes les lèvres, des politiciens aux syndiqués pour qualifier l'aluminium produit au Québec.

Grâce à l'électricité

Il faut d'abord savoir qu'un atome d'aluminium ne peut pas être qualifié, puisque c'est simplement un élément du tableau périodique. Sous sa forme métallique, aucun atome d'aluminium ne peut être distingué d'un autre, qu'il ait été fabriqué en Chine, aux États-Unis, à Arvida ou à Sept-Îles. Ce qui les différencie, c'est l'impact environnemental du processus de fabrication qui permet de les obtenir. Le qualificatif «vert», quant à lui, s'applique uniquement à l'émission de gaz à effet de serre, principalement associée à la production de l'électricité nécessaire à l'électrolyse. Notre aluminium est plus «vert» que les autres simplement parce que notre électricité, produite à partir de sources renouvelables au Québec, a une très faible empreinte carbonique. Cette différence n'est pas anodine, car si on émet jusqu'à un kilogramme de CO2 pour produire un kilowattheure d'électricité avec une centrale au charbon, on en émet de vingt à trente fois moins avec des centrales hydroélectriques ou des éoliennes qui fournissent 99% de notre approvisionnement. Cela compte dans un contexte mondial de lutte aux changements climatiques, mais elle n'a rien à voir avec la qualité intrinsèque de l'aluminium qu'on produit. En effet, une fois le kilowattheure livré à la cuve, une AP60 est une AP60, qu'elle soit installée n'importe où dans le monde. Les différences qui pourront alors être accordées à l'aluminium produit à un endroit ou l'autre viendront de la performance technique des cuves, de la vigilance des opérateurs, de la qualité des systèmes de contrôle et du processus d'approvisionnement en alumine, en électrodes, etc.

Pas pour demain

Un atome d'aluminium est un atome d'aluminium, un point c'est tout. C'est donc dans son cycle de vie que l'aluminium produit au Québec démontre un avantage comparatif. Mais comment le faire reconnaître?

Les marchés financiers ne sont pas très sensibles à la qualité «verte» ou non d'un produit de commodité comme l'aluminium. Le billet vert les intéresse beaucoup plus. Donc, si on veut mettre en valeur notre aluminium «vert», il faudrait que la valeur des émissions de gaz à effet de serre du cycle de vie de l'aluminium soit intégrée dans son prix sur le marché international. Il y a encore loin de la coupe aux lèvres!

Pour que cela puisse se faire, il faudrait qu'on dispose d'un marché mondial du carbone opéré selon des règles équitables et transparentes. Si cela existait, les lingots d'aluminium produits au Québec, en Islande, en Colombie-Britannique et en France seraient beaucoup moins chers que ceux produits n'importe où ailleurs dans le monde. Malheureusement ce n'est pas le cas, malgré que l'Accord de Paris conclu l'automne dernier ouvre cette perspective, mais probablement pas avant 2030. L'avantage de l'aluminium «vert» n'est donc pas pour demain et l'invoquer comme un mantra ne nous mènera pas très loin. Il vaut mieux investir dans le renouvellement des équipements de production, dans la formation des employés et dans la performance environnementale des usines pour se distinguer vraiment lorsque le moment sera venu.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer