Condamnés à l'échec

Comme pour la cérémonie d'ouverture, des feux d'artifice... (AP, Vincent Thian)

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Comme pour la cérémonie d'ouverture, des feux d'artifice ont illuminé le stade Maranaca en clôture des Jeux de Rio.

AP, Vincent Thian

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Rodrigo Brignani Peres
Le Quotidien

CHRONIQUE / L'adieu aux Jeux olympiques de Rio, dimanche dernier, a été paisible: symbole digne d'un événement somme toute bien organisé et évidemment très beau. En dépit de la menace terroriste et de la crise socio-économico-politique qui secoue le Brésil, la 31e édition des JO modernes s'est très bien passée. Cependant, je refuse de croire que c'était un succès.

Mon pessimisme par rapport aux Olympiques était tellement grand que son déroulement «normal» m'a presque empêché d'avoir des émotions autres que celles liées au succès. Au départ, tous les ingrédients étaient réunis pour en faire un désastre. La sécurité brésilienne était négligée et les problèmes se multipliaient: délais non respectés, infrastructures incomplètes, alertes terroristes, etc. J'avais peur que mon pays d'origine reste marqué à jamais dans la mémoire collective par la douleur ou l'incompétence. Heureusement, ce ne sera pas le cas.

L'événement a même innové: les messages sur le réchauffement climatique, l'équipe des réfugiés et la lutte contre l'homophobie ont été autant d'éléments indiscutablement positifs. De surcroît, dans le sport, les Brésiliens ont surmonté le climat de crise. Ils ont battu leur record de médailles olympiques tout en décrochant l'or dans leurs deux sports nationaux: le volley et le soccer.

Malheureusement, le peuple brésilien ne vit pas d'euphorie sportive. Les records et les feux d'artifice servent très peu à guérir les plaies sociales. Le legs des JO est, en réalité, beaucoup moins doré que les médailles en jeu pendant les courts 16 jours de fantaisie olympique.

La tranquillité de la ville, qui a permis le déroulement du spectacle, s'en ira. Les quelque 20 000 militaires qui garantissaient l'ordre à Rio retourneront à leurs casernes partout au pays. La sécurité de la ville passera, encore une fois, exclusivement aux mains de déclinants corps de police. Ou pire, aux mains de cartels de drogue.

Les 192 familles qui habitent encore la communauté «Vila Autódromo», détruite inutilement par les bulldozers de la mairie sous le prétexte d'«aménagement» de la Ville olympique, continueront à habiter des décombres. Les autres 67 000 personnes déplacées en raison des travaux pour les Jeux poursuivront leur lutte pour refaire leur vie.

Les millions de contribuables qui paieront pour assister, durant des années, à la mélancolique décomposition au ralenti de «leurs» stades bâtis à coup de milliards, continueront d'être privés de soins de santé et d'un système scolaire dignes de ce nom.

La Police fédérale brésilienne poursuivra ses enquêtes sur les dizaines de millions de dollars en argent public détourné du Complexe sportif Deodoro. Et cette liste, fâcheusement, grandira à mesure que d'autres scandales olympiques arriveront aux oreilles des médias.

Alors, malgré ma fierté à l'égard de ma terre natale et le soulagement de voir mes prophéties de désastre être contredites, je suis incapable de qualifier cette édition des JO de succès.

Car, à mon avis, il ne faut pas confondre le succès sportif des Jeux avec son succès tout court. Le succès sportif implique, naturellement, des perdants et des gagnants d'une compétition. Celui-ci est relativement facile à atteindre: il suffit d'assurer le bon déroulement des matchs. Pourtant, quand un événement qui a pour buts le développement de la coopération entre peuples, le franc-jeu et le divertissement, produit des gagnants et des perdants de la vie elle-même, il y a là un gros antagonisme.

Les Jeux olympiques de Rio n'étaient heureusement pas le désastre que plusieurs craignaient, mais ils étaient certainement un échec.

Rodrigo Brignani Peres

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