Des problèmes de baignoire ?

Le lac Saint-Jean... (Archives Le Quotidien, Laura Lévesque)

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Le lac Saint-Jean

Archives Le Quotidien, Laura Lévesque

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Claude Villeneuve
Le Quotidien

CHRONIQUE / C'était un classique lorsque j'étais au secondaire. On nous demandait de calculer combien de temps prendrait une baignoire à se remplir si on laissait un robinet couler d'un débit connu et que la capacité d'évacuation du drain était d'un volume inférieur.

Bien sûr, la solution de l'équation demande de connaître la différence entre le débit d'entrée et le débit de sortie ainsi que le volume de la baignoire. C'est en gros le problème auquel font face les gestionnaires de barrages en beaucoup plus complexe bien sûr.

Si on prend l'exemple du lac Saint-Jean et du lac Kénogami, on peut apprécier cette complexité. Dans notre exemple, le lac représente la baignoire, les débits des rivières qui l'alimentent sont le robinet et l'émissaire qui draine le lac représente sa capacité d'évacuation. Le régime naturel des crues sur un bassin versant permet à l'émissaire d'évacuer les précipitations normales avec leur variabilité annuelle et interannuelle. Ainsi, le Saguenay et la rivière Chicoutimi sont les émissaires naturels respectivement du lac Saint-Jean et du lac Kénogami. Mais, au début du 20e siècle, ces émissaires se sont vus harnacher par des ouvrages de retenue. Dans le cas du lac Saint-Jean, des ouvrages ont été construits aussi sur des tributaires comme la Péribonka, la Mistassini et la Ouiatchouan et quelques autres tributaires mineurs. Selon leur mission et leur équipement, ces barrages ont la capacité de retenir des volumes plus ou moins importants d'eau qui pourront être relâchés au gré des besoins industriels.

Un barrage est un outil pour étêter les crues, c'est-à-dire qu'il permet d'accumuler l'eau des pointes de crue pour les relâcher par la suite. Il sert donc à diminuer la différence entre crues et étiages pour le bénéfice des humains. Cela ne va pas sans impact pour les écosystèmes et les communautés humaines, particulièrement en amont. En effet, les volumes d'eau retenus par le barrage causent une inondation des terres en amont comme l'ont vécue les habitants du Lac-Saint-Jean et ceux du lac Kénogami dans les années 1920. En plus, comme les débits de sortie sont contrôlés par les besoins de production d'électricité, les variations de niveau ne se font plus uniquement en fonction des précipitations naturelles. Cette fluctuation s'appelle le marnage. L'augmentation ou la diminution de l'ampleur du marnage naturel peut avoir des effets importants sur l'érosion des berges ou sur le potentiel récréatif des plans d'eau et même dans certains cas sur la sécurité publique. De même, en aval, l'évacuation de l'eau pour des besoins industriels peut avoir des impacts sur les débits nécessaires à la faune, au prélèvement d'eau potable ou aux activités récréatives comme le canoë-kayak.

Si vous pensez que le problème de gestion de la baignoire est simple, ajoutez-y une couche de complexité. Non seulement les gestionnaires doivent veiller à équilibrer les entrées et les sorties, mais ils doivent aussi tenir compte de facteurs comme la villégiature, la navigation de plaisance, la conservation des habitats fauniques, l'érosion des berges et la sécurité publique. Ces éléments représentent des intérêts quelquefois contradictoires dans l'espace et dans le temps avec la production d'électricité. Or, c'est pour cette dernière qu'on les paye.

Les problèmes de baignoire sont une simplification de la réalité. La gestion des bassins versants comporte beaucoup plus d'intrants et elle doit surtout impliquer tous les intervenants pour s'inscrire dans le développement durable. En 2015, la Chaire en éco-conseil a produit une analyse du programme de stabilisation des berges du lac Saint-Jean (http://ecoconseil.uqac.ca/analyse-de-developpement-durable-du-programme-de-stabilisation-des-berges-du-lac-saint-jean-2/). On peut y trouver des pistes intéressantes pour mieux comprendre cette complexité.

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