Les déluges dérangent toujours

Le Déluge du Saguenay en 1996... (Archives Le Quotidien)

Agrandir

Le Déluge du Saguenay en 1996

Archives Le Quotidien

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Claude Villeneuve
Le Quotidien

CHRONIQUE / L'histoire biblique nous raconte que Noé, à la suite de pluies exceptionnelles qui durèrent 40 jours et 40 nuits, dut son salut et celui des animaux de la création à son arche.

L'inondation produite par la colère divine contre la dissolution des moeurs dans les villes de Sodome et Gomorrhe détruisit la civilisation et permit de construire un monde nouveau où le patriarche put planter sa vigne en paix. Laissons là la légende pour nous intéresser au phénomène des crues comme celle qui a frappé le Saguenay à l'été 1996.

Pour comprendre le comportement d'un plan d'eau, il faut regarder plus largement la notion de bassin versant. Un bassin versant est un territoire dont l'eau se draine par un émissaire. Bien sûr, les ruisseaux, les rivières, les lacs et les fleuves sont alimentés par les précipitations, mais aussi par l'écoulement des eaux souterraines. C'est d'ailleurs essentiellement grâce aux eaux souterraines que les cours d'eau continuent de couler pendant l'hiver, puisque les précipitations se font sous forme solide. Lorsqu'arrive le printemps, la fonte des neiges provoque une augmentation du débit des rivières et du niveau des lacs, et recharge les nappes phréatiques. Cela explique la crue printanière qui succède à l'étiage hivernal.

L'importance de la crue printanière est déterminée par quatre facteurs: la quantité de neige accumulée pendant l'hiver, la vitesse de la fonte qui est déterminée par la température, les précipitations de pluie et le niveau de saturation de la nappe phréatique. Pour les crues d'été et d'automne, seuls les précipitations et le niveau de saturation de la nappe sont déterminants. En 1996, des pluies exceptionnelles en intensité et en durée sont tombées sur des bassins versants dont les nappes étaient saturées. À l'instar de la goutte d'eau qui fait déborder le vase, ces précipitations ont pris le réseau des eaux de surface pour ruisseler vers le Saguenay.

Que se passe-t-il lorsque l'on double le débit d'une rivière? Pas grand-chose. Les crues sont souvent trois à quatre fois plus importantes que le débit moyen. Le profil des berges des cours d'eau est généralement évasé, ce qui fait qu'un doublement du débit peut signifier simplement quelques centimètres d'eau supplémentaires. En effet, plus le territoire occupé par l'eau est large, plus on peut mettre de volume dans une même hauteur d'eau. Mais les crues peuvent être beaucoup plus importantes. C'était le cas par exemple au printemps 2015 alors que la crue du bassin versant du Lac Saint-Jean a frôlé le 11 000 mètres cube par seconde alors que le débit moyen est de 1700 mètres cubes par seconde! On parle ici d'un facteur 5. En 1996, pour la rivière Chicoutimi, le débit a augmenté d'un facteur 9 par rapport à la moyenne. On comprend que le niveau de l'eau se soit gonflé de quelques mètres. Or, les débits de crues exceptionnelles provoquent des conséquences durables qui modifient le territoire en érodant les berges et vont même parfois changer le lit des cours d'eau, emportant tout ce qui fait obstacle à l'écoulement de l'eau.

Les travailleurs forestiers savent que les crues exceptionnelles emportent les ponceaux et coupent les routes. En effet, puisque le passage de l'eau est perturbé lorsque les tuyaux sont pleins, le niveau monte en amont de l'obstacle, jusqu'à déborder en surface du chemin. Lorsque l'eau passe par dessus le chemin, elle emporte le gravier et suit un cheminement préférentiel qui se creuse jusqu'à emporter le chemin. Le même phénomène peut se produire en amont des barrages de castor ou des digues créées par les humains, par exemple pour la production hydroélectrique ou pour le confinement de résidus miniers. Les crues modèlent le territoire. En 1996, des milliards de tonnes de sédiments ont été transportés vers le Saguenay. Les déluges laissent toujours des traces et pas seulement dans les mémoires.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer