«Bienvenue en enfer»

Le soleil se lève derrière la statue du... (AP, Felipe Dana)

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Le soleil se lève derrière la statue du christ de Rio de Janeiro au Brésil en ce 19 juillet 2016. À deux semaines du début des Olympiques, près de deux Brésiliens sur trois pensent que l'organisation des JO causera plus de tort que de bien à leur pays.

AP, Felipe Dana

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Rodrigo Brignani-Peres
Le Quotidien

CHRONIQUE / «J'ai appris que pour être prophète, il suffisait d'être pessimiste», a jadis remarqué l'écrivaine franco-russe Elsa Triolet. Je suis d'accord avec elle. Et ce parce que, dernièrement, je me mets à faire quelques prophéties. Ma plus grosse? Les Jeux olympiques de Rio seront un douloureux désastre. 

Les nouvelles nourrissent mon croissant pessimisme. Le mois dernier, le gouvernement de Rio a décrété «l'état de calamité publique». En pleine veille des JO, Rio n'a plus d'argent pour financer ses services de base. L'un des secteurs les plus affectés par la grave crise financière qui frappe l'État, c'est la sécurité.

Ah, la violence de Rio! Aussi connue que son carnaval, j'imagine. Rio est la ville du string et de la samba, certes, mais aussi des favelas et des cartels. La notoriété de sa criminalité a un lien étroit avec l'attention dédiée à la police par le gouvernement. Je l'affirme sans hésiter: être policier à Rio est l'un des emplois les plus ardus au monde. Seulement l'an dernier, 27 agents de la paix sont morts en service, principalement en train de combattre le crime organisé lié aux cartels de drogues. Pour participer à des fusillades quotidiennes, le policier reçoit un salaire annuel de quelque 14 000$. Non, ce n'est pas parce que le coût de la vie est tellement moins élevé là-bas. L'essence se détaillait hier à 1,45$ du litre.

Et ce n'est pas non plus une blague si je vous raconte qu'à moins de deux semaines des JO, la situation des policiers s'est empirée. Les agents doivent cotiser eux-mêmes pour l'achat de papier hygiénique pour les postes de police. Les plaintes? Maintes fois on ne peut les enregistrer par manque d'encre dans les imprimantes. C'est le chaos.

Ce scénario a motivé, il y a quelques semaines, les hommes et femmes des services d'urgence à accueillir les touristes à l'aéroport international de Rio avec la pancarte suivante: «Bienvenue en enfer. Policiers et pompiers ne sont pas payés. Quiconque vient à Rio de Janeiro ne sera pas en sécurité». Alors, si la police de Rio ne peut pas protéger les JO de la violence, qui pourra le faire? Qui pourra assurer la sécurité de tous ces athlètes et bénévoles venus des quatre coins du monde qui se présenteront au Brésil dans quelques semaines? Qui pourra veiller à ce que nos quatre athlètes régionaux, Antoine Bouchard, Antoine Duchesne, Léandre Bouchard et Audrey Lemieux, puissent se promener dans le village olympique l'esprit tranquille?

Le gouvernement fédéral brésilien a une réponse: les Forces armées. Quelque 20 000 soldats seront déployés en ville pour l'événement, selon les sources officielles. Une horde de jeunes inexpérimentés et sans aucune formation en sécurité publique, engagés par la conscription obligatoire en vigueur au pays, remplaceront la police pendant l'événement de la plus grosse envergure de l'histoire du Brésil. Rassurant, non?

Ça devient encore plus rassurant quand on constate que l'ABIN (Service de renseignement brésilien) a élevé, récemment, le risque de terrorisme à «haut» pour la première fois dans son histoire. Cela parce que l'État islamique (oui, mes amis, rien d'autre que cette gang-là), à travers ses médias officiels, a déjà affirmé que Rio sera la prochaine grande cible du groupe. Pour recruter des radicaux au Brésil, ils ont même créé un profil en portugais dans l'application de cellulaire Telegram. En avril, le directeur de la division antiterroriste de l'ABIN a affirmé que plusieurs résidents brésiliens auraient déjà prêté allégeance à l'EI. C'est sans compter les résidents des pays environnants, pays souvent en proie à une importante pauvreté et à des conflits internes perpétuels. Pays, de surcroît, dont les frontières avec le Brésil sont perméables sur plusieurs milliers de kilomètres.

J'aimerais dire à nos athlètes qui participeront aux Jeux que tout va bien aller. À la place, je choisis de dire: «Bonne chance» ! Il ne me reste qu'à espérer que mes débuts dans le domaine de la prédiction soient erronés.

Rodrigo Brignani-Peres

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