Les moralisateurs

CHRONIQUE / Je dois m'en confesser: j'ai péché. (123rf)

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Le Quotidien

CHRONIQUE / Je dois m'en confesser: j'ai péché.

Par un beau dimanche matin, j'ai traversé le village de Saint-Bruno à vélo. J'arrivais d'Héberville-Station. En face de moi, une voiture s'est arrêtée à un stop, et ne repartait pas, comme si le conducteur m'attendait. C'est le genre de stop inutile que les villes posent partout pour ralentir la circulation. Le genre de stop que même Pierre Lavoie, qui est pourtant sur le point d'être béatifié, n'aurait pas respecté.

Bref, je suis passé lentement sans m'arrêter.

Aussitôt, le conducteur du véhicule, un blondinet avec une barbe naissante, a baissé sa vitre: «Les cyclistes, dit-il, sont obligées de faire leur stop. Comme les autos. C'est la même loi. Si vous voulez qu'on vous respecte, respectez la loi!»

Avec mon plus beau sourire, je lui ai demandé s'il aurait dit la même chose si, au lieu d'un vieux cycliste roux, c'était une belle joggeuse de 20 ans qui avait brûlé le stop, alors que c'est aussi la même loi...

J'ai essayé de lui expliquer qu'il n'y avait aucun rapport entre une auto et un vélo, que c'est comme comparer un Boeing et un avion en papier, mais il répétait sa phrase comme un mantra: «Si vous voulez qu'on vous respecte...»

Curieusement, depuis le début de la saison, c'est le troisième, y compris un policier, qui me répète le même refrain. C'est très tendance de faire la morale aux cyclistes. À croire qu'ils ont tous partagé le même tweet.

Et bien sûr, ils ont raison.

On a toujours raison quand on est du côté de la loi.

Mais, ça ne veut pas dire qu'on n'est pas un emmerdeur. Ou un imbécile.

J'ai toujours détesté les moralisateurs, et c'est pire quand je suis en sueurs sur mon vélo, après deux heures d'effort.

Et parlons-en de la loi!

Personnellement, en auto, quand je roule à 100 sur l'autoroute, et qu'une voiture me dépasse à 140, je n'ai pas l'idée de la rattraper pour donner des leçons de conduite au conducteur: «Respectez la loi, si vous voulez qu'on vous respecte...»

D'ailleurs, chaque jour, des lourds fardiers brûlent une rouge sur l'avenue du Pont à Alma - pas des vélos, des lourds fardiers! - et je ne vois personne les rattraper pour leur enseigner le Code de la route.

Mieux encore: je connais un ex-motard qui roule à 80 avec sa Harley dans mon quartier. Je donnerais cher pour entendre mon blondinet réciter son couplet sur le respect...

Mais, c'est plus facile d'écoeurer les cyclistes, non?

Et c'est tellement pratique d'être du côté de la loi. Tellement rassurant. Mais ça ne veut pas dire qu'on a du jugement. Au travail, on connaît tous des employés modèles, qui respectent les règles à la lettre, comme dans le livre. Quand on les croise, on se tient les fesses serrées de peur qu'ils nous dénoncent, même si on n'a rien fait. Ils sont faciles à reconnaître: personne ne leur parle. Zéro ami. Et ce sont sans doute les mêmes qui attendent aux stops, le dimanche matin, pour faire la morale aux cyclistes. Ils se sentent moins seuls.

Daniel Boivin est journaliste à l'émission matinale Café, boulot, Dodo, à la Première chaîne de Radio-Canada.

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