Sur la route de Radisson

CHRONIQUE / Jeudi 9 juin. 6 h 33, 2 °C. Un petit crachin ajoute à la sensation... (123rf)

Agrandir

123rf

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Nicole Huybens
Le Quotidien

CHRONIQUE / Jeudi 9 juin. 6 h 33, 2 °C. Un petit crachin ajoute à la sensation de froid. S'extraire du campeur, déjeuner et ranger le minuscule espace pour repartir sur la route aux paysages étrangement monotones et envahissants, merveilleux. Protégés par la coquille en acier du pickup, nous allons à Radisson pour vivre le nord, voir la taïga.

Mes doigts glissent et sautent sur le clavier au fil des bosses et des trous de la route qui s'étend à l'infini et se perd dans une brume envahissante.

Les roches souvenirs d'un très lointain glacier, des troncs noirs d'un dernier feu, des petites épinettes de tourbières, des lacs et des rivières, je crois que j'aime tout! La forêt a encore une fois échappé à l'hiver. L'enfeuillement le long de la route lui donne son air de printemps malgré la température: le vert si clair encore des trembles et des bouleaux contraste avec le vert profond des épinettes qui passent l'hiver, le plumeau fier, en attendant la chaleur et l'eau qui lui permettront de fabriquer le cerne de croissance de l'année. Tout à coup, un grand fardier nous croise et fait trembler notre univers. Puis, plus rien ne bouge, c'est nous qui passons.

La silhouette caractéristique des épinettes noires à perte de vue, à perte de pensée, la route fait un tournant et de l'autre côté... la même chose. Cette monotonie est propice à la méditation. Des lièvres, un renard et même un ours qui se dressent et se résignent à disparaître à notre approche: la vie est omniprésente ici.

L'emprise des lignes à haute tension et la route coupent la forêt. La présence humaine est partout, c'est rassurant et attristant. Parfois l'un parfois l'autre. On rêve d'une nature sans nous, vierge de nos démesures, mais sortis de nos villes tentaculaires, nous perdons pied dans ces paysages où nous ne pourrions pas survivre. Mais qu'importe, les petits frigos que nous emportons sont remplis de repas dont pas un seul ingrédient ne vient de ces forêts que nous ne parvenons plus à voir comme hospitalières et nourricières.

Vendredi, 7 h 33, 1 °C sur la route de la Baie James: galère! Quel attrait irrésistible nous pousse à venir passer des jours de congé ici? C'est parce que les fraisiers et les groseilliers sauvages sont en fleurs. C'est parce qu'opèrent ici le mystère, la magie du silence profond, le sacré d'une nature dont nous sommes si coupés dans nos bureaux climatisés. C'est parce qu'ici, on peut vivre la nature dans toute son hostilité, dans son incomparable et insondable beauté. Je fais une parenthèse, j'oublie tout ce qui n'est pas l'instant et je me délecte de mes nostalgies heureuses. Le ciel s'éclaircit, le soleil fait faire de l'ombre aux arbres. On s'arrête à midi.

Samedi 7 h 49, 11 °C. On part d'un site rustique sur le bord du lac Mirabelli. Au milieu d'un brûlis catastrophe pour nos sens, une mer de chicots surréalistes, nous avons passé l'après-midi et la soirée à entretenir un feu, à vivre le moment sans la frénésie de nos jours en ville et les mouches sont revenues! À ceux qui ont aménagé ce site: merci pour l'accueil, les toilettes sèches, l'accès au lac qui nous laissent un sentiment de solitude mélangé de bienvenue que nous avons adoré.

Tout à coup une ligne à haute tension. On est toujours dans des brûlis. Même si on sait que ça va repousser, le paysage pelé est désolant. Enfin la taïga. Des épinettes noires parfois petites et clairsemées, les pins gris sur leur lit de lichen blanc, des feuillus et des mélèzes, de l'eau sur la terre et dans le ciel. Ce milieu de nulle part arrive quelque part. Le paysage est métallique! Nous sommes à Radisson, il fait 12°.

C'est dimanche, nous quittons la taïga pour nos vies trépidantes. Le nord est magnétique!

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer