La démolition des églises... et de l'Église

L'évêque de Chicoutimi, mgr André Rivest.... ((Archives Le Quotidien))

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L'évêque de Chicoutimi, mgr André Rivest.

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Gérard Bouchard
Le Quotidien

CHRONIQUE / Le professeur Gérard Bouchard enseigne au département des sciences humaines de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), notamment en histoire, en sociologie/anthropologie, en science politique et en coopération internationale. Il a également joué un rôle de premier plan dans la commission Bouchard-Taylor, sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles.

Il faut lire dans le titre de ce texte plus qu'un jeu de mots. La chute de la fréquentation des églises, qui entraîne leur abandon, est l'effet direct d'un étrange phénomène. Depuis plusieurs années en effet, on assiste à rien de moins qu'à l'auto-destruction de ce qui fut en Occident une immense institution aux ramifications innombrables en matière de culture et de société. C'est un phénomène que plusieurs déploreront d'un strict point de vue sociologique étant donné tout ce que, malgré de graves errements bien connus, le catholicisme a apporté à nos sociétés.

Prenons à témoin, tout près de nous, cette «Fête de l'amour» célébrée récemment dans l'église de la paroisse Ste-Anne de Chicoutimi. La rencontre était destinée à tous les couples: anciens divorcés, homosexuels, mariés civilement, mariés suivant les règles de l'Église, et autres. Elle avait pour but d'insuffler dans la vie de ces couples une dimension spirituelle librement interprétée en accord avec la réalité et la sensibilité de chacun. Elle se situait donc, si je ne me trompe, en droite ligne avec ce qui a toujours été au coeur du message et de la mission de l'Église, comme on me l'a appris quand j'étais jeune. Et néanmoins, ce genre d'événement sera désormais interdit parce qu'il contrevient aux règlements poussiéreux de Rome - telle est du moins la position de Mgr Rivest, l'évêque du diocèse (sur ce qui précède, voir Le Quotidien du 31 mai 2016, p.5, et du 1er juin, p. 10).

Cette affaire mérite attention parce qu'à son échelle bien modeste, apparemment négligeable, elle illustre parfaitement en la résumant la déchirure et la marginalisation progressives d'une Église autoritaire de plus en plus décrochée du réel, face à des fidèles qui tentent de vivre leur foi à travers les contraintes, les bouleversements, les angoisses et les nouveaux horizons du siècle. Appuyés sur le magistère lointain et superbe du Vatican, les prélats comme Mgr Rivest prévaudront sans doute dans l'arène de la loi et des diktats. Mais c'est une arène qui sera bientôt vide, tout comme les églises maintenant vouées à la démolition. L'évêque du diocèse avait ici l'occasion de poser un geste fort, un geste de réconciliation, inspiré de l'Évangile et fidèle à l'idéal oecuménique de tolérance dont l'Église ne cesse de se réclamer. C'est un ratage complet.

On se demandera peut-être pourquoi un athée comme moi semble s'en émouvoir. Il y a deux raisons. D'abord, du point de vue de l'historien et du sociologue, il n'y a guère de profit à voir s'écrouler une institution qui faisait partie depuis longtemps du fondement symbolique de nos sociétés et qui était une source d'espoir pour tous ceux et celles que la vie avait malmenés ou laissés pour compte. Ensuite, sur un plan plus personnel, cet épisode me rappelle les circonstances qui, il y a quelques décennies, m'ont amené à rompre avec la religion et à rebâtir ma vie sous d'autres cieux plus cléments. En vieillissant, il m'arrive par moment d'en éprouver une nostalgie et même une sorte de regret. Mais la façon dont le haut-clergé a administré le catholicisme - et dont Mgr Rivest reproduit la manière -- ne m'a jamais donné le goût d'y revenir.

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