Merci, monsieur l'agent

La plupart des fois qu'on m'a remis un billet d'infraction pour avoir dépassé... (Archives Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Roger Blackburn
Le Quotidien

La plupart des fois qu'on m'a remis un billet d'infraction pour avoir dépassé la limite de vitesse permise en automobile, le policier a «baissé» mon ticket.

Ça se passe généralement de la même façon pour tout le monde. On roule, on dépasse la vitesse par distraction ou par audace, peu importe, et on se rend compte de notre erreur quand les gyrophares de l'auto-patrouille s'allument dans notre rétroviseur ou sur le bord de la route, devant nous.

Curieusement, on sait très bien que cette illumination multicolore s'adresse à nous. On lâche un juron bien senti pendant que notre coeur bat la chamade et on se range sur l'accotement. On a l'impression que tous les regards des automobilistes sont sur nous, on se sent coupables.

Si ça se passe en soirée, on est bien content de ne pas avoir bu plus de deux verres de vin pendant le souper. Si ça se passe en après-midi, on regarde l'horloge et on se dit qu'on va être en retard. On cherche les papiers qu'on finit par trouver en jetant un coup d'oeil dans le miroir de côté. On ouvre la fenêtre.

«Bonjour monsieur, je peux voir vos papiers s'il vous plaît? Vous rouliez à 115 km/heure dans une zone de 90», dit-il, selon les circonstances. À ce moment, toutes les répliques sont possibles de la part du conducteur. Je vous laisse les vôtres. Généralement, je décide de garder le silence. Il y a des filles qui m'ont raconté qu'elles se mettaient à pleurer pour essayer d'amadouer le policier, à vous de juger.

L'agent retourne dans son auto-patrouille et plus le délai est long, plus on a l'impression que la facture sera salée. Appelez ça comme vous voulez, ça reste qu'au final, on reçoit une facture en fonction de l'infraction qu'on s'est magasinée.

«Tenez, j'ai baissé votre billet à 103 km, ça vous coûte tel montant de moins et vous avez seulement trois points d'inaptitude au lieu de quatre. Je vous ai vu mettre votre ceinture de sécurité pendant que vous vous rangiez sur l'accotement, mais j'ai laissé passer pour cette fois. Soyez prudent, M. Blackburn, c'est le printemps, il y a beaucoup de circulation sur les routes», me dit l'agent de police avant de me remettre mes papiers et ma contravention.

La seule phrase qui vous vient en tête c'est: «Merci, monsieur l'agent». Généralement, ça se passe comme ça depuis que j'ai l'âge de conduire. Ça fait partie de l'expérience «pogner un ticket de vitesse». Personne n'oserait dénoncer cette façon de faire qui nous donne l'impression que les forces de l'ordre montrent un peu de compassion.

Je me demande donc ce qui a poussé la Ville de Saguenay à poursuivre le policier à la retraite, Robin Bouchard, d'avoir réduit les billets d'infraction émis aux automobilistes en 2013.

Sur les 254 billets émis durant cette période, 251 indiquaient une vitesse variant de 53 à 59 kilomètres à l'heure dans une zone de 50 km/h, alors que la vitesse constatée était plus élevée, selon la prétention de la ville, après examen des billets, peut-on lire dans le texte de Louis Tremblay (à lire en page 4).

Quand même, 250 billets en huit semaines, c'est environ cinq à six billets par jour. On ne peut pas dire qu'il dormait au travail. Il doit sûrement y avoir anguille sous roche dans cette histoire.

J'ignore pourquoi la Ville poursuit ce policier plus qu'un autre; peut-être est-ce pour en faire un exemple afin de dissuader les autres policiers de faire de même à l'avenir. En ce qui me concerne, tous les policiers qui m'ont arrêté dans le passé ont eu cette largesse. Ils ont tous diminué la vitesse à laquelle je roulais. C'est comme une loi non écrite.

À ce compte, un inspecteur de la Ville n'a qu'à se placer derrière une auto-patrouille qui contrôle la vitesse au radar, le long de l'autoroute, où la limite de vitesse est de 100 km/h, pour se rendre compte qu'il n'intercepte aucun véhicule qui roule à 115 km/h. Ces policiers sont aussi permissifs que Robin Bouchard l'a été en «baissant» la vitesse sur les billets d'infraction. Il me semble que ce genre d'affaires se discute à l'interne. J'ai de la difficulté à comprendre cette poursuite en justice de la part de Saguenay.

L'agent a plaidé coupable et a bénéficié d'une absolution inconditionnelle de la part du juge.

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