Gardons nos sourires

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Le Quotidien

Dans Le Progrès-Dimanche du 29 novembre dernier, le maire Jean Tremblay manifestait son intention d'accueillir des réfugiés syriens à Saguenay. Invitant la population à ne pas associer les migrants au terrorisme, il a fait cette déclaration: «On ne veut pas l'avouer, mais on est un peu raciste dans la région.» L'animateur Martin-Thomas Côté, de Radio X, et le juriste d'origine brésilienne Rodrigo Brignani Peres, commentent ces propos.

DÉBAT - Rodrigo Brignani Peres /J'ai été dérangé par les propos du maire Jean Tremblay voulant que les gens en région soient «un peu racistes» et que cela «n'est pas la fin du monde». Pas la fin du monde?

Les mots du maire m'ont ramené à un soir d'été, quelques années auparavant. Je soupais seul dans un petit restaurant en France, où j'étudiais depuis peu. J'étais le dernier client de la place. Regardant les passants dans la rue, je songeais au fait que, depuis mon arrivée, j'avais éprouvé beaucoup d'impolitesse et très peu de dialogue de la part des «natifs». Je me sentais, en toute honnêteté, abattu.

Les personnes qui habitaient le même édifice à logements que moi semblaient toujours trop occupées pour aller au-delà du formel «bonjour». À l'école, les gens parlaient trop bien le «monosyllabais». Les chauffeurs de taxi - supposément champions du monde de l'entregent - étaient taciturnes. Je ne comprenais pas. «Quelle culture étrange!», que je me disais sans cesse.

Je m'apprêtais à quitter le restaurant quand la propriétaire, un réconfortant sourire au visage, est venue me voir. «Voudrais-tu encore du pain? D'où viens-tu?» Enfin, je dialoguais!

C'est une véritable «verborrhée» qui a suivi la délivrance de ma longue retraite en silence. J'ai profité de l'occasion pour interroger mon interlocutrice. Je voulais connaître les raisons de l'espèce d'évitement social de cette communauté. La réponse de la dame est venue sans hésitation: «Tu es immigrant!» Tout fut éclairé. J'ai tout compris d'un seul coup: à 23 ans, sous la brise estivale et le ciel étoilé des Alpes, je fis face au lamentable univers de la discrimination raciale.

À ce moment, pour la première fois de ma vie, j'ai senti la face cachée du racisme. J'ai découvert que l'attitude discriminatoire ne se fait pas juste d'engueulades ou de coups de poing. Elle se fait surtout d'isolement.

J'étais arrivé dans un milieu qui semblait ne pas me vouloir et je ne savais même pas pourquoi. J'étais jugé par un stéréotype que j'illustrais apparemment et non pas par ce que j'étais réellement. D'ailleurs, les gens s'intéressaient rarement à ma personne. Je voyais avec tristesse que, en empêchant les échanges, le racisme garantissait sa perpétuité.

Cinq ans après le sourire libérateur de la patronne du restaurant, j'ai de nouveau quitté mon pays d'origine, le Brésil, mais cette fois en direction du Québec, et plus précisément du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Encore une fois, j'allais seul vers l'inconnu. Naturellement, je m'attendais à devoir faire face aux loups. À ma grande surprise, la langue française m'a paru être la seule chose qui liait le Québec à son ancêtre européen.

J'étais accueilli par des sourires de gens qui voulaient, absolument, savoir qui j'étais. Et j'étais ravi! L'intérêt des Saguenéens pour ma culture et ma personne était presque aussi grand que ma passion envers ce peuple légitimement fraternel en sa majorité. Mais, comme a dit monsieur le maire, «ce n'est pas vrai que tout le monde est parfait». En effet, j'ai vécu quelques rares expériences discriminatoires au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Le racisme ici est néanmoins encore loin d'être systématique comme celui que j'ai connu ailleurs.

Toutefois, ce qui me dérange par rapport aux mots de M. Tremblay, c'est que, contrairement à ce qu'il a dit, je crois que le racisme est la fin du monde. Atténuer l'existence du racisme permet qu'il s'installe dans une culture. Et puis, ce sera la fin du monde que l'on connaît, celui qui m'a accueilli. Le monde des gens qui sourient, qui sont ouverts et curieux, qui puisent encore dans le respect leur profond côté humain.

Pour moi, le Québec est synonyme de partage. Le racisme est un «à côté» de la culture, une maladie à combattre et non à édulcorer. À mon avis, lutter contre l'intolérance est l'un des principaux moyens de préserver l'identité québécoise.

Alors, comme nouveau fier membre de cette communauté, je dis: gardons nos sourires!

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