Racisme ou incompréhension?

Dans Le Progrès-Dimanche du 29 novembre dernier, le maire Jean... (Photo 123RF)

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Le Quotidien

Dans Le Progrès-Dimanche du 29 novembre dernier, le maire Jean Tremblay manifestait son intention d'accueillir des réfugiés syriens à Saguenay. Invitant la population à ne pas associer les migrants au terrorisme, il a fait cette déclaration: «On ne veut pas l'avouer, mais on est un peu raciste dans la région.» L'animateur Martin-Thomas Côté, de Radio X, et le juriste d'origine brésilienne Rodrigo Brignani Peres, commentent ces propos.

DÉBAT - Martin Thomas-Côté / On y est. Dans ce monde où plus rien n'est bon à dire. Où il faut mettre des gants blancs ne serait-ce que pour saluer quelqu'un. Cette époque où l'on vérifie la liste des associations de défense des droits avant de pouvoir parler d'un sujet, là où la mise en demeure est reine. Ce climat qui fait craindre à nos élus de s'exprimer en dehors de l'immunité de l'Assemblée nationale. Dans ce monde du «politically correct», Jean Tremblay a trébuché sur une évidence concernant la région. Est-ce qu'il y a des gens racistes au Saguenay? Mais bien sûr! Comme il y a des gens violents, des misogynes, des imbéciles, des sans jugement et j'en passe

Le maire n'avait même pas fini de parler que déjà on réclamait la motion de blâme à l'Assemblée nationale! Et le plus particulier, c'est que les gens qui réclament que le maire se taise sont à la tête d'associations qui militent pour le «vivre ensemble».

Donc, si personne n'est raciste au Saguenay, pouvez-vous m'expliquer à quoi servent vos organisations? Dans un monde sans racisme, vous n'auriez pas de cause. Votre simple existence donne raison au maire, comme si le fauteuil roulant d'un handicapé essayait de nous faire croire qu'il est en mesure de marcher. Oui, il y a des racistes. Et c'est notre job de le dénoncer, d'écrire que ces gens ont tort et qu'ils devraient se raviser. Est-ce qu'il y en a plus dans la région qu'ailleurs au Québec? Ça, c'est un bon débat.

La région est isolée et certains la qualifient même d'éloignée. Le multiculturalisme ne s'est visiblement pas rendu au Saguenay. À tout le moins pas dans la même forme qu'à Montréal ou à Toronto. Alors je pose la question: racisme ou incompréhension? Ne pas côtoyer l'autre, n'avoir que des préjugés ou encore, se nourrir des mauvaises nouvelles des métropoles sont-ils des facteurs qui contribuent au racisme? J'en suis convaincu. On a, de plus, une population vieillissante. Autres temps, autres moeurs.

Il y a ces expressions qui ont survécu aux époques dans la région et qui sont profondément racistes. «Couleurs de nègres», «plan de nègre», «j'ai tu la peau noire (en répondant à un ordre)», je les entends encore dans la région. Et rarement, j'ai l'impression que c'est dit de mauvaise foi. On n'est pas du mauvais monde, on a de mauvaises habitudes. De là l'importance d'avoir des immigrants dans la région, de les côtoyer, d'échanger et d'être bien équipés pour le faire. La solution c'est l'éducation de la population, et c'est le rôle des organismes qui perdent actuellement un précieux temps à rabrouer le maire. C'est facile de rabrouer le maire, et j'ai souvent l'impression qu'il y a plusieurs personnes qui n'attendent qu'un faux pas aussi minime soit-il pour pouvoir le planter sans se soucier de la cause pour laquelle ils militent. C'est le pouvoir du maire de rendre tous les débats personnels. C'est un piège qui l'a servi tout au long de sa carrière.

Mais le problème est plus large et on le vit dans les médias depuis des années. Ces adeptes du «Tais-toi, je ne veux pas t'entendre», du «politically correct», sont en train d'aseptiser les débats et de rendre stériles nos politiciens. Nous avons le droit d'avoir tort, d'être épais et d'apprendre de nos erreurs. Encore faut-il que les erreurs soient possibles. Un ministre qui passe pour un tata avec une déclaration idiote, je ne veux pas qu'il se taise à jamais.

Je veux qu'il nous fasse réaliser qu'une partie de la population pense peut-être comme lui, et qu'il faut y remédier en commençant par lui. Avec les réseaux sociaux, les débats sont de plus en plus ouverts et on sait très rapidement si quelqu'un touche de près ou de loin une vérité. Je fais confiance au monde; je vous fais confiance. Si vous n'avez pas aimé ce que j'ai dit, vous m'interpellerez et on aura une discussion. Mais de grâce, cessez d'essayer de faire taire ceux qui s'expriment à tort ou à raison. Le pire qui peut arriver, c'est un débat. Mais, le Québec a peur des débats.

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