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DÉBAT / Déposé à l'Assemblée nationale le 3 décembre dernier, le projet de loi... (Archives Le Quotidien, Michel Tremblay)

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Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

DÉBAT / Déposé à l'Assemblée nationale le 3 décembre dernier, le projet de loi 64 devant mener à la création d'un registre des armes à feu au Québec a relancé le débat sur la pertinence d'une telle banque de données. Cette semaine, les journalistes Roger Blackburn et Mélyssa Gagnon confrontent leur point de vue respectif sur le sujet.

Québec prendra des mesures concrètes pour assurer un meilleur contrôle des armes à feu. Le ministre de la Sécurité publique a déposé un projet de loi vendredi dernier, lequel vise l'implantation d'un système d'immatriculation accessible sur Internet. C'est une bonne nouvelle.

Le défunt gouvernement conservateur a sonné le glas du registre fédéral en 2011. Le Québec nage maintenant à contre-courant du reste du Canada et il faut s'en réjouir.

L'annonce a provoqué la fierté de Philippe Couillard. «Une arme à feu, ce n'est pas un objet usuel», a-t-il pointé.

Le PM a raison. Une arme à feu, c'est un article dangereux, surtout s'il se retrouve entre des mains malveillantes. Je ne comprends pas la frilosité ambiante à l'égard de la mise en place d'un registre central. Le privilège de posséder une arme devrait être assorti d'obligations élémentaires, comme celle d'enregistrer sa carabine.

Aujourd'hui, je me réjouis de voir que l'État agit, contrairement au gouvernement américain, qui donne la triste impression d'être un David à l'échine courbée devant le Goliath d'un lobby soutenu par d'obtuses convictions politiques. Si nos décideurs ne se mouillent pas, qui le fera? La première page du quotidien The Daily News était d'ailleurs très équivoque, jeudi dernier. Au lendemain de la tuerie de San Bernardino, on pouvait voir quatre gazouillis reproduits en une, des messages d'autant de ténors républicains offrant leurs prières aux familles des victimes. Au centre de la page, le gros titre: God isn't Fixing This. Puis, un texte qui allait comme suit: «Alors que des citoyens innocents gisent à nouveau dans une mare de sang, les peureux qui ont le pouvoir de mettre un terme à ces tueries continuent de se cacher derrière des platitudes insipides».

J'ai les armes en horreur. Cette aversion s'explique peut-être par le contexte dans lequel j'ai grandi. Peace and Love. Faites l'amour, pas la guerre. Inévitablement, cette antipathie pour tout ce qui est muni d'une gâchette se répercute sur ma vie de famille et sur mes propres perceptions. Je dis à mes enfants, en parlant de la bêtise humaine, qu'il est bien plus sage de répondre avec des mots que par la bouche de ses canons.

L'argumentaire de la Fédération des chasseurs du Québec, selon laquelle c'est «l'éducation et la connaissance des notions d'entreposage et de manipulation sécuritaire des armes qui sauvent réellement des vies», me laisse perplexe.

Dans ce dossier, il faut plus qu'un simple cours de maniement 101. On a beau faire de la sensibilisation, ce n'est pas suffisant. La Fédération a aussi invoqué les coûts d'implantation du registre «en pleine période d'austérité». Bien sûr, le système nécessitera un investissement de plusieurs millions de dollars. Je suis toutefois favorable au principe voulant qu'une partie de mes impôts soit utilisée pour assurer ma sécurité et celle de mes proches, ce à quoi le registre contribuera en facilitant la «traçabilité» d'environ 1,6 million d'armes à feu. Le système proposé n'est certes pas la panacée, mais il s'agit d'un pas en avant. Son existence va faciliter le travail des policiers, qui pourront faire respecter des ordonnances de la cour plus facilement. De plus, ils pourront savoir rapidement si un individu en détresse risque de retourner son arme contre lui ou s'en prendre à autrui.   

L'incompréhension qui m'anime face aux réticences des chasseurs vient malheureusement exacerber le préjugé défavorable que j'entretiens à l'égard d'un loisir pourtant prisé de milliers de mes compatriotes. La chasse traditionnelle, la chasse respectueuse, la chasse qui sert à nourrir me vont. La chasse trophée, la chasse présomptueuse, la chasse gonflée à la testostérone me dérangent. Ça me rappelle la chanson de Richard Desjardins, Buck.

«Nous, pauvres cervidés, quand on aura des chars. On fera des défilés sur la 3e à Val-D'Or. On posera sur nos capots des têtes coupées de chasseurs. Pis on laissera leurs cerveaux chesser dans l'congélateur».

Sur ce, paix et amour...

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