Il ne dira pas...

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Roger Blackburn
Le Quotidien

DÉBAT / Déposé à l'Assemblée nationale le 3 décembre dernier, le projet de loi 64 devant mener à la création d'un registre des armes à feu au Québec a relancé le débat sur la pertinence d'une telle banque de données. Cette semaine, les journalistes Roger Blackburn et Mélyssa Gagnon confrontent leur point de vue respectif sur le sujet.

Je suis contre la création d'un registre québécois sur les armes à feu, car c'est un outil de gestion administrative qui n'améliore en rien la sécurité des Québécois. Ce n'est pas parce qu'une arme est enregistrée qu'elle ne servira pas à commettre des crimes. Qu'une arme à feu soit enregistrée ou non, ça n'empêchera pas un criminel ou un individu atteint de troubles mentaux de l'utiliser pour commettre l'irréparable. Ce n'est pas un registre qui va empêcher les tueries comme il y en a eu au Québec ou ailleurs dans le monde.

Si on veut savoir qui possède des armes au Québec, combien ils en ont en leur possession, de quel calibre d'arme ils disposent ou quels sont les numéros de série des armes, le registre permettra de connaître ces informations et c'est tout ce qu'il permettra de savoir. Il ne servira à rien de plus. Le registre ne sera rien d'autre qu'une liste de noms, avec des adresses, des numéros de téléphone, des dates de naissance et des types d'armes à feu.

Le projet de registre au fédéral a coûté plus d'un milliard$ et n'a servi à rien d'autre qu'à inscrire des noms et des types d'armes.

Le registre ne nous dira pas si un homme vit une détresse sentimentale parce que sa femme l'a laissé pour un autre homme. Le registre ne nous dira pas si une personne a des problèmes de santé mentale qui influencent son jugement. Le registre ne nous dira pas si les propriétaires d'armes à feu se sont radicalisés au cours des derniers mois et s'ils ont juré fidélité à un organisme terroriste comme l'État islamique. Le registre ne nous dira pas si le propriétaire d'arme a des problèmes de consommation de drogue ou d'alcool. Le registre ne nous dira pas si les armes sont bien entreposées, sous clé, dans la maison. Le registre ne nous dira pas si les armes sont à la maison ou au chalet. Le registre ne nous dira pas si le propriétaire d'arme à feu possède une boîte de munitions pour la chasse ou s'il possède des caisses de munitions. Le registre ne nous dira pas si le propriétaire d'armes à feu fait partie d'une organisation criminelle.

Le registre nous dira que M. Untel domicilié à tel endroit possède un fusil de calibre 12 (pour la chasse aux oiseaux migrateurs), un fusil de calibre .410 (pour la chasse au petit gibier), une carabine de calibre .22 (pour la chasse au lièvre) et une carabine de calibre .270, ou 308, ou 3006 (pour la chasse au gros gibier).

Il existe déjà un registre pour les gens qui possèdent des armes à autorisation restreinte comme les armes de poing (pistolet ou revolver). Les propriétaires d'armes à autorisation restreinte ont le droit de posséder ces armes seulement à la maison et sur le trajet entre la résidence et le club de tir dont ils sont membres. Les armes automatiques comme les mitrailleuses sont des armes prohibées au Canada.

Les policiers n'ont pas besoin d'un registre d'armes à feu. Lors d'interventions contre des criminels, ils présument toujours que ceux-ci sont armés. Un criminel est toujours susceptible de posséder d'autres armes que celles qu'il a enregistrées, s'il les a enregistrées. Ce n'est généralement pas dans la nature des criminels de faire savoir à la police qu'ils sont armés.

On n'a pas besoin d'un registre d'armes à feu pour faire respecter les ordonnances des tribunaux interdisant la possession d'armes à feu. Nous n'avons pas besoin d'un registre d'armes à feu pour saisir les armes d'un individu en cas de violence conjugale, par exemple.

Si le gouvernement du Québec impose un registre d'armes à feu aux Québécois, les propriétaires d'armes vont s'y conformer comme ils l'ont fait au fédéral malgré une dépense d'un milliard$. On enregistre nos automobiles, nos motos, nos remorques, nos bateaux, nos motoneiges, nos VTT, ça ne nous dérange pas d'enregistrer nos armes si un registre nous y oblige. Mais sachez que ce n'est pas un registre qui va empêcher des déséquilibrés de faire feu dans une école, à l'Assemblée nationale, dans un restaurant ou sur sa conjointe. Le problème est beaucoup plus sérieux qu'un registre. Il ne faut pas se laisser aveugler par une liste. C'est beaucoup de dépenses et d'énergie pour passer à côté d'un problème plus complexe.

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