L'ennemi intérieur

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Le Quotidien

DÉBAT / Le dossier des réfugiés syriens continue de retenir l'attention médiatique à l'échelle du pays. Comment faut-il aborder la question alors que des premiers migrants arrivent en territoire canadien? Sébastien Lévesque est enseignant spécialisé en éthique au Cégep de Jonquière et Khadiyatoulah Fall est, quant à lui, professeur titulaire de la Chaire CERII et CELAT-UQAC.

Sébastien Lévesque - Alors que le Québec et le Canada ont commencé à accueillir des groupes de réfugiés syriens, des débats subsistent au sujet de notre capacité d'accueil. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'en dépit des bonnes intentions de nos dirigeants, la population demeure inquiète, notamment en ce qui a trait à la sécurité intérieure du pays et de la population. Comme il fallait probablement s'y attendre, les attentats du 13 novembre dernier à Paris ont donc eu un retentissement important jusque chez nous, alors que plusieurs se demandent si «l'objectif ferme» du gouvernement Trudeau d'accueillir 25 000 réfugiés au pays d'ici le 31 décembre n'est pas un peu trop ambitieux. La question est légitime, certes, mais selon moi, ce n'est pas vraiment de notre capacité d'accueil dont il est question, mais bien de notre volonté d'accueil.

Le contexte international étant ce qu'il est, il n'est évidemment pas anormal de craindre que des événements comme ceux de Paris se produisent ici. D'ailleurs, même s'ils n'avaient pas la même envergure que ceux de Paris, les attentats de Saint-Jean-sur-Richelieu et d'Ottawa nous rappellent que nous ne sommes pas à l'abri de telles horreurs. La peur, dans ce domaine, est donc tout à fait compréhensible et légitime (quoique peut-être démesurée). Ce qui l'est moins, par contre, c'est de projeter cette peur sur un groupe, à savoir les musulmans, comme si ceux-ci constituaient une réelle menace à notre sécurité. Cet amalgame, pour ainsi dire, est aussi inapproprié qu'il est devenu un lieu commun.

Il faut dire que la peur de l'autre, et plus particulièrement celle des musulmans, est alimentée presque quotidiennement par les médias, ou encore par certaines de nos «élites» politiques. Dans notre imaginaire collectif, donc, les musulmans sont devenus les principaux porte-étendards de la haine et de la violence dans le monde. Pourtant, si les gens portaient plus d'attention aux faits plutôt qu'à leurs émotions, ils constateraient que les apparences sont souvent trompeuses. Les musulmans, en effet, n'ont pas davantage un penchant pour la haine et pour la violence que ne peuvent l'avoir les chrétiens, les juifs ou même les athées.

Évidemment, je ne cherche pas ici à nier l'existence du terrorisme musulman, et encore moins à le justifier. Ce mal existe et il doit être combattu sans relâche et avec fermeté. Par contre, il faut être conscient de l'origine de ce terrorisme, qui est davantage politique que religieuse. Cela dit, il n'est pas non plus question de culpabiliser outre mesure l'Occident pour ses «fautes», comme si nous étions les principaux responsables de toute cette violence qui déferle contre nous. Ce qui importe, cependant, c'est de ne pas jouer le jeu des djihadistes en laissant libre cours à certaines de nos pulsions (auto) destructrices, car rien ne servirait mieux leurs funestes desseins que nous nous tournions les uns contre les autres.

Qu'à cela ne tienne, nombreux sont ceux qui continueront à s'opposer à ce que nous accueillions des réfugiés, sous prétexte que certains d'entre eux pourraient être des terroristes. C'est la crainte de «l'ennemi intérieur». Les faits montrent pourtant que cette crainte est, pour l'essentiel, infondée. En vérité, l'ennemi que nous devrions craindre par-dessus tout, c'est la peur elle-même, car c'est un ennemi tenace et insidieux qui tend à briser les liens de solidarité que nous mettons tant de peine à tisser. La peur est donc le véritable ennemi intérieur qui nous empêche de nous ouvrir à l'autre alors que celui-ci tente précisément d'échapper à la haine et à la violence que nous dénonçons.

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