De la compassion à l'éthique de responsabilité

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Le Quotidien

DÉBAT / Le dossier des réfugiés syriens continue de retenir l'attention médiatique à l'échelle du pays. Comment faut-il aborder la question alors que des premiers migrants arrivent en territoire canadien? Sébastien Lévesque est enseignant spécialisé en éthique au Cégep de Jonquière et Khadiyatoulah Fall est, quant à lui, professeur titulaire de la Chaire CERII et CELAT-UQAC.

Khadiyatoulah Fall - Nous avons un ennemi commun et nous devons ensemble le combattre. Il s'agit des terrorismes. Et le terrorisme jihadiste de l'État islamique (EI) en est aujourd'hui l'illustration la plus violente et la plus sournoise. La plus sournoise, car le terrorisme jihadiste est résilient et mutant, surprenant et protéiforme dans ses manifestations. L'arme de guerre de l'ÉI est de pousser à croire qu'il peut frapper n'importe où et n'importe comment.

La présidente de l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe rappelait récemment que notre objectif commun est de lutter contre le terrorisme, non pas de lutter contre les migrants, les réfugiés et les demandeurs d'asile.

Cependant, notre compassion collective et la volonté marquée du Canada de faire sa part dans l'accueil des réfugiés syriens ne doivent pas nous priver d'une attitude de vigilance et d'une éthique de responsabilité.

L'État islamique saisira tous les moyens possibles pour frapper à l'intérieur et de l'intérieur les pays qui le combattent, dont le Canada. Il tentera de transposer ses défaites sur le terrain syrien en victoires à l'extérieur. Les récents attentats de Paris ont montré des possibilités d'infiltration de jihadistes dans le lot des réfugiés. On ne peut alors faire fi des inquiétudes qui ont pu s'installer dans la population et qui ont mené à percevoir une porosité de sens entre réfugiés et jihadistes. Cette crainte est légitime et l'État doit rassurer les populations. L'argument de l'infiltration de djihadistes est brandi en Europe par les groupes d'extrême droite et par les mouvements anti-immigration. Il peut faire son lit ici si les autorités ne rassurent pas.

Même si une forte majorité des Québécois reconnaît que le Canada ne doit pas se détourner de sa tradition de terre d'accueil des réfugiés, même si elle mentionne que les réfugiés syriens vivent une situation dramatique, il ressort d'une enquête qualitative que nous avons conduite qu'une certaine angoisse demeure. Les personnes interrogées indiquent bien qu'il y a une urgence et disent comprendre la précipitation du gouvernement fédéral. Elles disent cependant que la vraie hospitalité demande que l'on accueille l'autre sans frustrations, avec ce que l'on a et ce que l'on peut faire. L'hospitalité, l'accueil de l'autre pour lui redonner sa dignité, exige qu'on le reçoive dans des conditions décentes. Avec l'arrivée toute prochaine des réfugiés, nous passerons d'une sacralisation de l'hospitalité à une mise à l'épreuve de l'hospitalité.

Il ressort également de nos enquêtes que plus que le nombre de 25 000 qui a été présenté comme un chiffre imposant, c'est plutôt le terme «Syriens» qui suscite le plus d'interrogations. Qui est donc ce Syrien qui sera accueilli? Dans les réponses recueillies, le Syrien est identifié comme quelqu'un qui fuit la guerre, mais aussi et surtout comme un musulman même s'il y a des Syriens chrétiens, des Syriens laïques et peut-être des Syriens agnostiques. Le Syrien est représenté comme issu d'une région où les conflits religieux imprègnent l'identité des populations. Ainsi l'altérité musulmane constitue un cadre structurant de la représentation du réfugié syrien. Quel sera l'impact de cette construction mentale sur l'ouverture de la population?

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