De New York à Paris

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Je sais que tout le monde, ou presque, se souvient précisément de ce qu'il faisait lorsque la première tour a été frappée. Moi, non. Je ne me souviens même pas si mes professeurs en ont parlé en classe.

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Patricia Rainville
Le Quotidien

Je garde très peu de souvenirs des attentats du 11 septembre 2001.

J'avais 14 ans, j'étais une ado complètement centrée sur elle-même. À cet âge, ce qui se passait dans le monde était le dernier de nos soucis. Mes amours voués à l'échec, mes problèmes insurmontables en mathématiques, mon désir ardent de me procurer LA paire de pantalons zébrés que j'avais remarqués dans une boutique et, surtout, ma volonté de me rendre dans un «rave» sans que mes parents soient au courant prenaient une place bien plus importante dans mon esprit que ces terribles attentats qui ont secoué le monde au début des années 2000.

Je sais, c'est complètement irréel de songer à une paire de pantalons (affreuse, je vous le précise), plutôt qu'à des milliers de morts. Mais, que voulez-vous, j'avais 14 ans. J'imagine que ça explique mon manque total d'intérêt pour ce qui se passait à New York.

Je sais que tout le monde, ou presque, se souvient précisément de ce qu'il faisait lorsque la première tour a été frappée. Moi, non. Je ne me souviens même pas si mes professeurs en ont parlé en classe. Je n'étais pourtant pas sous l'effet de l'alcool ou de la drogue. Mais je devais être en peine d'amour, comme d'habitude.

Je ne me souviens même plus si ma mère a tenté de m'expliquer la situation, lors du souper. Je ne pense pas en avoir discuté avec mes amis. Nous avions des choses bien «plus importantes auxquelles penser», comme comment mettre le grappin sur le petit nouveau dans la classe de bio.

Bref, les attentats du 11 septembre 2001, je m'y suis intéressée lorsque ma crise d'adolescence a pris fin. J'ai alors compris l'ampleur de cet événement atroce. J'ai regardé les images des tours qui s'effondrent avec effroi. Et je me suis trouvée pas mal niaiseuse de ne pas m'y être attardée plus tôt.

Le vendredi 13 novembre 2015, je n'avais plus 14 ans. Et je vais me souvenir probablement toute ma vie de l'endroit où je me trouvais, avec qui j'étais et de quoi nous parlions. Les attentats de Paris, ils ne me sont pas passés 10 pieds par-dessus la tête comme ceux de New York.

Nous étions, mon copain et moi, en week-end dans le Vieux-Québec. Ayant traversé le Parc des Laurentides en fin de journée, sans radio, nous avons appris la nouvelle lorsqu'on s'est attablés à un restaurant de la Grande-Allée.

«On dirait qu'il se passe quelque chose de grave à Paris», me lance Chéri, en regardant la télé, installée dans un coin du restaurant. Mais un serveur s'est rapidement chargé de changer de chaîne. Il a décidé de troquer RDI pour RDS. J'ignore si c'était pour ne pas miner le moral de ses clients, ou simplement parce qu'il préférait pouvoir regarder le match de hockey du coin de l'oeil.

Quoi qu'il en soit, nous ne connaissions pas encore l'ampleur du drame lorsqu'on a quitté le resto en direction de notre hôtel, vers 23h. C'est donc dans notre chambre du Vieux-Québec que mon copain et moi avons compris ce qui se passait. On a passé une bonne partie de la nuit à regarder les infos, incrédules.

Ce n'était peut-être pas comme ça que j'imaginais notre soirée d'amoureux dans une petite chambre douillette de la Vieille Capitale. Mais devant les atrocités qui se passaient de l'autre côté de l'Atlantique, ça me passait 10 pieds par-dessus la tête.

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