Les justiciers

C'est une histoire plutôt banale, mais qui en dit malheureusement long à propos... (Photo 123RF)

Agrandir

Photo 123RF

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

C'est une histoire plutôt banale, mais qui en dit malheureusement long à propos de nous.

Tout ça débute donc par un pauvre homme qui officie en tant que chroniqueur à Salut Bonjour. Alors qu'il prend part à une discussion devant la caméra, notre pauvre gars avoue candidement qu'il écoute principalement sa musique à partir de services de diffusion en ligne.

En théorie, cette histoire aurait tout simplement dû s'arrêter ici. Or, en pratique, voilà que notre pauvre ami venait tout juste de déclencher une véritable tempête sur les réseaux sociaux.

Le truc, c'est que quelques minutes plus tard, voilà qu'un téléspectateur a publié ledit extrait de Salut Bonjour sur les réseaux sociaux tout en l'accompagnant d'un commentaire bien personnel dans lequel il évoquait toute son indignation quant aux propos tenus par le chroniqueur.

Ici, je vais paraphraser ses propos, mais en résumé, notre chevalier des médias sociaux se disait outré qu'une personnalité du petit écran avait osé faire publiquement la promotion de services qui nuisaient aux musiciens québécois et tout le tra la la. En fait, pour être bien franc avec vous, si je n'avais pas su de quoi parlait ce chevalier, je vous avouerai que son message aurait peut-être pu m'interpeller. D'ailleurs, il faut croire que bien des Québécois ne savaient pas de quoi ce chevalier pouvait bien parler, car voilà que dans le temps de dire « patate », la vidéo de notre chevalier se propageait comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux, provoquant un vrai raz-de-marée d'indignation de la part de tout un chacun.

Or, tous ces indignés spontanés auraient pu désamorcer toute leur hargne en effectuant seulement quelques clics afin d'avoir l'heure juste. Du coup, ceux-ci auraient tout d'abord réalisé que les services dont parlait notre pauvre ami de Salut Bonjour étaient tous légaux. De plus, ils auraient aussi réalisé que ces services nécessitaient l'autorisation légale des producteurs et distributeurs des oeuvres afin de les diffuser. Ils auraient aussi pu réaliser que ces services offraient aux producteurs et distributeurs des oeuvres un certain revenu (plus de l'ordre du symbolique qu'autre chose, mais bon) en lien avec le nombre d'écoutes que généraient les oeuvres dont ils étaient propriétaires. Enfin, en fouillant sur le Web ne serait-ce qu'une minute ou deux, ces indignés spontanés auraient pu réaliser que ces services décriés comme étant diaboliques offraient en fait une vitrine considérable à une panoplie d'artistes québécois et internationaux qui éprouvent trop souvent de difficulté à se tailler une place au sein des différentes radios commerciales. Je vous dis ça comme ça, mais si j'entendais parler d'un gars aussi gentleman que ça, je le présenterais sans gêne à une de mes chums célibataires.

Mais bon, ce n'est pas la première fois que je vous le dis, mais nous vivons à une époque où ils sont nombreux ces gens à ressentir cette envie insatiable de satisfaire leur goût du sang.

En effet, pour ces justiciers du quotidien, chaque nouvelle journée se doit d'être le théâtre d'un nouveau combat à mener.

Alors dès que quelqu'un leur pointera le gibier du jour à abattre, voilà que tout un chacun y ira de son commentaire enragé afin de lui asséner un coup de pied virtuel dans les côtes.

Et puis hop, une fois la nuit passée, ces mêmes justiciers sauteront sur la prochaine occasion qui leur passera sous le nez afin de contribuer à nettoyer notre monde de ces « maudits sales qui n'ont pas d'allure » à grands coups de « j'aime » et de partages et de commentaires venimeux. Et tout ça, après s'être fait sa petite idée sur le sujet en ne lisant qu'un titre d'article ou en lisant celui-ci en diagonal et surtout, en n'allant chercher aucune information supplémentaire afin de valider ou non sa hargne.

Tout ça est bien triste, parce que si tous ces justiciers concentraient leurs efforts sur une cause qui en valait la peine, et ce, sans l'abandonner le lendemain même au profit d'une autre cause, on en viendrait peut-être à faire des petits miracles de temps en temps.

Mais bon, c'est peut-être pour ça que la démocratie existe. C'est tout croche et c'est souvent n'importe quoi, mais ça nous force parfois à garder le cap sur certaines causes qui en valent vraiment la peine. Et puis, c'est peut-être la meilleure façon de choisir collectivement ses combats.

Bordel que je suis presque optimiste par les temps qui courent.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer