La bordélique...

Steve Jobs, cofondateur d'Apple... (Archives La Presse)

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Steve Jobs, cofondateur d'Apple

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Laura Lévesque
Le Quotidien

Je suis un peu comme Steve Jobs. Je suis bordélique. Bon c'est dit.

Parce que oui ça me gêne un peu de l'avouer. Mais de préciser que le génie derrière Apple était désordonné, ça aide à sortir du placard.

Reste que les gens de ma catégorie demeurent assez mal perçus dans notre société. On n'est pas sale, je vous rassure. C'est juste qu'on angoisse moins devant une pile de papier qui traîne sur notre bureau ou des manteaux déposés sur le pouf de l'entrée.

«Je ne serais pas capable de fonctionner dans un tel environnement», m'a dit un proche, pointilleux du rangement, de passage chez nous cette semaine pour faire de petits travaux.

C'est vrai que plusieurs choses n'étaient pas à leur place. Des vêtements séchaient sur une chaise dans la salle à manger. Quelques verres et ustensiles se trouvaient près du lavabo. Mais surtout, mon îlot de cuisine avait été envahi par mon ordinateur, des documents, mes calepins de notes, entrecroisés de lunettes et de crayons. Un véritable labyrinthe dont seule moi peux sortir.

C'est sûr que pour un maniaque du classement, ça fait mal aux yeux. Heureusement que j'ai un décor épuré pour contrebalancer. Disons qu'un style rococo ça serait trop. Mais comme tout défaut devient aujourd'hui une qualité (merci à toutes ces nouvelles recherches, comme celle qui «prouve» que les gens qui sacrent sont plus brillants), les bordéliques seraient plus créatifs, moins stressés, plus ouverts et plus productifs que les gens trop ordonnés. Trop de classement serait même néfaste. C'est ce qu'a découvert Éric Abrahamson, professeur de management à l'Université Columbia à New York et coauteur du best-seller «Un peu de désordre, beaucoup de profit».

Je dois dire que ça m'a fait du bien de lire ses conclusions sur le sujet. Je me sens maintenant moins coupable de déposer mes boucles d'oreille sur la table du salon plutôt que d'aller les porter dans mon coffre à bijoux. Car je vais les remettre de toute façon le lendemain. Je résonne un peu de la même manière quand vient le temps de faire le lit et de gérer mon bureau de travail. Je veux tout à porter de main. Ah et, en passant, je ne souffre pas du syndrome de Diogène.

Cette manie, ce n'est pas de la paresse, c'est du temps que j'épargne. Et Éric Abrahamson me donne raison. À son avis, c'est plus efficace d'accumuler des choses qui traînent plutôt que de ranger une à une les choses. Dans le travail, du moins, ça serait plus productif. Mais la pression sociale encourage tellement l'ordre, que les bordéliques se cachent. Le chercheur racontait d'ailleurs qu'un chef d'entreprise, très mal ordonné, avait deux bureaux. Un, presque vide, pour rencontrer ses clients et l'autre, embourbé, pour travailler seul.

Soyez certain que je vais rappeler les bienfaits du désordre la prochaine fois qu'un collègue fera un commentaire sur l'état de mon bureau.

Maintenant, j'attends avec impatience la nouvelle recherche qui va prouver que les blondes sont des génies incompris. Qui sait, le peroxyde stimule peut-être les neurones.

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