Abolir les zones grises d'abord

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Si l'on fait abstraction de la critique (abusive, selon moi) selon laquelle les radars photo ne seraient que des «pompes à fric», il ne me semble y avoir que des bonnes raisons de soutenir leur implantation sur notre réseau routier.

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Sébastien Lévesque
Le Quotidien

Le gouvernement Couillard a récemment annoncé l'implantation de 129 nouveaux radars photo sur les routes du Québec, surtout dans la région de la Capitale-Nationale.

Cette prolifération soulève de nombreux enjeux éthiques, notamment en ce qui a trait à l'équité fiscale. En effet, bien qu'à la base, tous s'entendent pour dire que les fautifs doivent être sanctionnés équitablement, il n'est pas évident du tout que ce principe trouve son application dans le système actuel. Ce faisant, si l'on fait abstraction de la critique (abusive, selon moi) selon laquelle les radars photo ne seraient que des «pompes à fric», il ne me semble y avoir que des bonnes raisons de soutenir leur implantation sur notre réseau routier. À quelques conditions, cependant.

D'abord, il serait important d'établir des règles claires en matière de limites de vitesse au Québec. À l'heure actuelle, en effet, l'ambiguïté règne en maître. Tout le monde connaît d'ailleurs la fameuse «règle non écrite» qui s'appliquerait sur nos routes, à savoir que l'on peut rouler légèrement au-dessus de la limite permise (jusqu'à 119 km/h sur les autoroutes, apparemment) sans risquer d'être indisposé par un agent de police. Or, il est plutôt problématique d'ériger en norme une règle de ce genre, par définition équivoque. Qui plus est, rien n'indique que cette règle s'appliquera aussi aux radars photo. Les radars photo sont des machines, ils ne peuvent donc pas faire preuve de jugement ni de déférence.

S'ils souhaitent faire preuve de transparence et de cohérence, les services de police devront donc s'ajuster sur les règles (standardisées) des radars photo, ou l'inverse. Pas d'exception, pas d'ambiguïté.

Tous égaux?

Par ailleurs, force est d'admettre qu'à l'heure actuelle, nous ne sommes pas tous égaux devant nos mécanismes de sanctions. À vrai dire, au risque de faire un jeu de mots douteux, nous entretenons présentement un véritable système de contraventions à deux vitesses, et ce pour deux principales raisons.

D'abord, lorsqu'une infraction est constatée par un radar photo, celle-ci n'occasionne qu'une amende à payer, mais aucune perte de points d'inaptitude. Ce faisant, les plus riches ont tout le loisir de dépasser les limites de vitesse autant de fois qu'ils le souhaitent (et le peuvent) et d'assumer les coûts liés à ces infractions alors que les moins nantis sont forcés de ralentir. Cette situation devrait être corrigée.

Dans le même ordre d'idée, tout indique que l'effet dissuasif d'une amende ne peut être que proportionnellement lié à la capacité de payer du conducteur fautif. Autrement dit, une amende «salée» ne sera réellement dissuasive que si elle est significative. Or, la capacité de payer des automobilistes est très variable et les plus riches, encore une fois, peuvent se permettre de dépasser les limites de vitesse alors que les moins nantis ne le peuvent pas. Pour pallier cette injustice, le gouvernement devrait envisager sérieusement la possibilité d'établir un système de contraventions routières proportionnelles aux revenus, comme c'est notamment le cas en Suisse et en Norvège. Sur le fond, on le voit bien, le gouvernement du Québec a une foule de bonnes raisons d'aller de l'avant avec l'implantation de radars photo. Les autorités compétentes s'entendent d'ailleurs généralement pour dire que ces appareils ont montré leur efficacité et qu'ils contribuent significativement à l'amélioration du bilan routier. Seulement, au-delà des chiffres, pour obtenir sa caution morale, le gouvernement devra faire preuve davantage de transparence et de cohérence afin d'en finir avec les zones grises.

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