Chronique chasse et pêche

Chasser avec des balles en acier

Amis chasseurs, il faut peut-être nous préparer à changer nos munitions de... (Archives La Presse)

Agrandir

Archives La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Roger Blackburn
Le Quotidien

Amis chasseurs, il faut peut-être nous préparer à changer nos munitions de carabine de chasse au plomb pour des balles en acier, comme nous l'avons fait pour nos cartouches de fusil à cause de l'empoisonnement de la viande par le plomb.

L'Institut national de santé publique du Québec vient de publier une étude sur l'estimation de l'exposition au plomb reliée à l'ingestion de viande de gros gibiers chez les chasseurs de cervidés du Québec. La conclusion est que «la consommation de viande de cervidés abattus avec des munitions contenant du plomb est susceptible d'augmenter l'exposition au plomb au-delà des doses associées à des effets subtils sur la santé.»

Les chercheurs ajoutent: «L'exposition au plomb par le biais de la chasse peut être prévenue. Sa réduction passerait donc en tout premier lieu par la sensibilisation des chasseurs et des bouchers aux risques reliés à l'exposition au plomb et par la promotion de solutions de rechange aux munitions à base de plomb. Globalement, en considérant également les effets potentiels sur la faune (en particulier pour les oiseaux), une vérification de la pertinence d'un renforcement progressif de la législation pourrait être considérée.»

Attendez-vous à des campagnes de sensibilisation de la part du ministère de la Faune concernant la consommation de viande de gibiers contaminée par les projectiles contenant du plomb. On sera sûrement invités à penser à des solutions de rechange pour les munitions.

L'étude propose de sensibiliser les chasseurs et les bouchers sur la mise de côté de la viande située en périphérie de la plaie d'impact. «Il est difficile de donner un chiffre précis sur le périmètre à retirer, mais la littérature suggère un rayon minimal de 10 cm autour de la plaie d'impact», indiquent les chercheurs.

En guise de précaution pour les jeunes enfants (moins de six ans) et les femmes enceintes qui consomment du gibier, les chercheurs suggèrent «de consommer de la viande d'animaux abattus avec des solutions de rechange aux projectiles contenant du plomb et d'éviter celle provenant de gibier tué avec des projectiles contenant du plomb.»

Pour les grands consommateurs (au moins un repas de gibier par semaine), l'étude propose de trouver des solutions de rechange aux munitions à base de plomb pour abattre le gibier qu'ils consomment ou de réduire leur consommation de viande de gibiers contaminée par les projectiles contenant du plomb.

Méthodologie

Les chercheurs sont arrivés à ces conclusions grâce à un questionnaire qui a été envoyé à un échantillon aléatoire de 1172 chasseurs âgés de plus de 18 ans et ayant abattu un orignal ou un chevreuil en 2013. Les chasseurs devaient répondre à des questions sur leur consommation de viande de gros gibiers, leurs habitudes de chasse ainsi que leur perception sur le risque pour la santé relié à la consommation de ces viandes. Parallèlement, 31 bouchers ont été questionnés sur leurs habitudes de dépeçage de la viande de gibiers. De plus, 80 échantillons de viande de chevreuil et d'orignal ont été analysés pour évaluer leur teneur en plomb.

La majorité (74%) des bouchers interrogés dans cette étude étaient d'avis que la consommation de la viande autour de la plaie était dangereuse ou très dangereuse pour la santé.

Une proportion de 61% des bouchers a rapporté mettre de côté uniquement de la viande abîmée autour de la plaie d'impact. Pour les 39% restant, ils enlevaient la viande autour de la plaie d'impact sur une distance radiale variant de 2 à 12 cm (moyenne de 5 cm).

Principaux constats

Au total, 429 chasseurs ont répondu au questionnaire pour un taux de réponse de 37%. Une majorité (74%) a rapporté une utilisation de projectiles contenant du plomb. Le débitage était majoritairement réalisé par le boucher (80%).

L'étude révèle que 26% et 49% des répondants ont rapporté une consommation d'au moins un repas de viande de cervidé par semaine, respectivement pour le cerf de Virginie et l'orignal. Des études ayant montré que la consommation de viande de gibiers abattus avec des munitions en plomb constituait une source d'exposition notable, certaines agences gouvernementales ont émis des avis pour la limiter ou encore pour conseiller aux enfants et femmes enceintes ou celles qui l'envisagent de ne pas en consommer.

Au Québec, environ 285 000 personnes pratiquent la chasse et les espèces de gros gibiers les plus récoltées en 2013 ont été le cerf de Virginie (61 067) et l'orignal (28 141). Les projectiles à base de plomb sont largement utilisés pour la chasse.

Des chiffres

La proportion des échantillons de viande provenant de cervidés abattus avec des projectiles contenant du plomb et présentant une concentration en plomb inférieure à la limite de quantification (0,003 mg/kg) était de 40% et 50% respectivement pour le cerf de Virginie et l'orignal.

Les concentrations médianes en plomb dans la viande de cervidés abattus avec des projectiles contenant du plomb étaient de 0,004 mg/kg pour le cerf de Virginie et 0,003 mg/kg pour l'orignal.

La proportion des échantillons de viande provenant de cervidés abattus avec des projectiles contenant du plomb et présentant une concentration en plomb supérieure à la limite de référence européenne de 0,1 mg/kg (7) était de 37% et 13% respectivement pour le cerf de Virginie et l'orignal.

Selon les simulations réalisées, la dose d'exposition individuelle au plomb estimée pour les chasseurs ayant participé à l'étude révèle qu'une proportion de 1,7% des chasseurs pourrait s'exposer à la dose de plomb associée à une augmentation de la pression artérielle systolique d'un millimètre de mercure (mm Hg).

En utilisant des scénarios de consommation prédéterminés, les résultats de la modélisation suggèrent que la consommation d'un repas ou plus par semaine de viande de chevreuil ou d'orignal abattu avec des projectiles contenant du plomb pourrait exposer une faible proportion des enfants (chevreuil: un repas/semaine = 2,9%; trois repas/semaine = 7,7%; orignal: un repas/semaine = 0,9%; trois repas/semaine = 3,3%) à une dose de plomb supérieure à celle associée à une baisse du quotient intellectuel d'un point.

Une faible proportion d'adultes (chevreuil: un repas/semaine = 1,6%; trois repas/semaine = 4%; orignal: un repas/semaine = 0,5%; trois repas/semaine = 1,5%) pourrait être exposée à une dose supérieure à celle associée à une augmentation de la pression artérielle systolique d'au moins un millimètre de mercure.

Un chasseur averti en vaut deux.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer