On peut se vanter

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Une scène d'Apocalypse: Le dernier Clown noir, une production du théâtre du Faux-Coffre.

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Il y a quelques jours de ça, j'ai eu la chance d'assister à la représentation d'Apocalypse: Le dernier Clown noir, une production du théâtre du Faux-Coffre.

Tout d'abord, j'en conviens, mon avis sur cette pièce n'a rien d'objectif étant donné que je voue un culte à cette compagnie de théâtre. D'autant plus que je compte parmi mes grands amis le comédien Patrice Leblanc, celui qui personnifie l'attachant personnage de Trac. Mais bon, je vous dis ça comme ça, mais cette bande de «théâtreux» correspond en tous points à la définition que je me fais de ce que sont des génies.

Maintenant, si je vous louange aujourd'hui l'univers des Clowns noirs, c'est en raison d'une discussion à laquelle j'ai eu le plaisir de participer peu après la représentation.

J'étais donc chez un vieil ami et nous nous remémorions alors les nombreux moments qui avaient ponctué la pièce. Et puis hop, comme s'il suffisait d'en parler pour qu'ils apparaissent, voilà que deux comédiens que nous avions vu s'exécuter sur les planches quelques minutes auparavant avaient décidé de se pointer le bout de nez chez mon vieil ami.

Évidemment, quand plusieurs artistes se réunissent ensemble, on finira tôt ou tard par parler des réalités du milieu culturel. Alors voilà, on a notamment discuté du fait qu'à la différence d'une panoplie d'autres univers professionnels, on a cette curieuse tendance à cacher notre joie. En d'autres mots, Dieu sait qui a inventé cette règle idiote, mais il est très mal vu de faire l'étalage de nos réussites lorsqu'on fait de l'art.

En effet, bien qu'il s'agisse d'une règle non écrite, du moment où vos trucs fonctionnent soudainement, il faudrait pratiquement que vous vous excusiez auprès de vos collègues de réussir, de peur que l'on vous catégorise en tant que vantard ou prétentieux.

Je le répète, mais en matière de concept «archi-con», on ne peut pas faire mieux.

Par exemple, lorsqu'un entrepreneur est couronné de succès, personne ne se dira: «Mais il ne se prend pas pour un seven-up, lui» si jamais celui-ci annonce que son entreprise est en pleine expansion.

Même chose du côté des scientifiques. Le jour où un ou une scientifique parviendra à trouver le remède ultime contre le cancer, j'espère que cette personne le criera sur tous les toits et qu'elle fera en sorte que tout un chacun lui paiera un verre, et ce, jusqu'à la fin de l'éternité.

Alors pourquoi il est mal vu de célébrer nos propres réussites lorsqu'on fait partie du milieu culturel? Est-ce là un phénomène propre à la région ou est-ce là un phénomène propre à toutes les communautés artistiques? Ça, je vais devoir vous avouer que je l'ignore.

Une chose est toutefois certaine, si toutes les personnes talentueuses qui oeuvrent ici dans le milieu culturel régional décidaient un jour de vanter à leur juste mesure leurs nombreuses réussites, je connais plusieurs détracteurs de la culture qui en tomberaient de leur chaise.

Et là, si je vous dis ça, c'est en connaissance de cause. Accusez-moi de chauvinisme si vous le désirez, mais je peux le dire avec toute l'assurance du monde: le Saguenay-Lac-Saint-Jean bénéficie d'une faune culturelle complètement hallucinante qui n'a rien à envier aux grands centres.

Ici, peut-être suis-je atteint d'un élan d'optimisme, mais j'ai foi que le jour où nos artistes cesseront de cacher leur joie pour ainsi exposer au grand jour leurs réussites, ils auront tout à gagner. Non seulement le public sera tenté d'aller à leur découverte, mais les décideurs seront peut-être aussi tentés de leur offrir un support plus significatif.

Et pendant ce temps, certains décideurs de la région eux, n'ont pas honte de se vanter d'injecter une fortune dans la communauté artistique alors que ce qu'ils contribuent à produire se limite principalement à être des pièges à touristes.

On vit décidément dans un monde ironique.

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