«Voulez-vous tu?»

J'ai toujours eu le vouvoiement facile. Je vouvoie mon patron avec une aisance... (Photo 123RF)

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Patricia Rainville
Le Quotidien

J'ai toujours eu le vouvoiement facile. Je vouvoie mon patron avec une aisance qui en surprend quelques-uns. Je l'appelle par son prénom, mais ne me demandez pas de lui dire «tu», j'en serais incapable.

Je peux facilement avoir de longues conversations avec lui en utilisant le «vous» et je suis parfaitement capable de m'obstiner avec lui en le vouvoyant. Et si, par malheur, un «tu» se glisse dans la conversation, je me corrige immédiatement, mal à l'aise.

Les «voulez-vous tu», ce n'est pas trop mon genre. Disons que je préfère vouvoyer jusqu'à ce que mon interlocuteur me prie de le tutoyer. Et même là, j'ai toute la misère du monde à passer du «vous» au «tu» avec certaines personnes. Et lorsque j'entends quelqu'un tutoyer gros comme le bras un nouveau patron, un aîné ou un simple inconnu, les cheveux me dressent sur la tête. Il me semble que c'est la moindre des politesses d'utiliser le «vous» avec une personne nouvellement rencontrée, non?

Mais bon, c'est peut-être moi qui fais du zèle.

Il faut dire que je vouvoyais ma grand-mère. C'est que j'entendais mon père utiliser le «vous» avec sa propre mère. Chose qu'elle détestait, soit dit en passant. Et il était le seul de ses enfants à la vouvoyer. Et pendant que tous ses petits-enfants l'appelaient «mémère» et utilisaient le «tu» avec aisance, moi, j'étais tiraillée entre ces deux pronoms. D'un côté, ma grand-mère me suppliait de lui dire «tu» et d'un autre, j'entendais mon père faire le contraire. Alors j'ai fini par la tutoyer lorsque j'étais en tête à tête avec elle.

Mais, le plus drôle dans cette histoire, c'est que mon cher papa n'a pas toujours vouvoyé sa maman. Il l'a fait à partir de l'adolescence, après une gageure. Oui, oui, l'un de ses copains lui avait lancé le brillant défi de vouvoyer sa mère durant un mois. Inutile de dire que mon père a relevé la mission haut la main. Et il a relevé le défi jusqu'au décès de ma grand-mère, des décennies plus tard.

«Je n'ai jamais été capable de repasser au «tu» », m'a dit mon père.

Bien que j'ai le vouvoiement particulièrement facile, je ne crois pas que je serais capable d'utiliser le «vous» avec mes propres parents. Et probablement que mon cher père n'aimerait pas particulièrement que je commence à le vouvoyer du jour au lendemain. Tiens, il faudrait que j'essaie, juste pour voir! Histoire de poursuivre la tradition...

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