Être à tu et à toi

Si plusieurs voient le vouvoiement comme un signe de respect, pour moi, il... (Photo 123RF)

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Laura Lévesque
Le Quotidien

Si plusieurs voient le vouvoiement comme un signe de respect, pour moi, il marque une distance.

Je vais vouvoyer la caissière à l'épicerie, le chauffeur de taxi, le commis à la quincaillerie. J'ai déjà utilisé le «vous» avec un criminel.

Disons que j'appartiens au clan du «tu». Je tutoie lorsque je suis à l'aise avec la personne. Et malheureusement, ça m'arrive souvent.

Au début de la discussion, je vouvoie, mais soudainement, si je suis bien et qu'il y a une belle chimie, je vais lancer un «tu». Je n'y peux rien.

Bon, je dois avouer que la plupart des gens me tutoient. Plusieurs pensent que j'ai encore 22 ans. Donc c'est extrêmement rare qu'on va me vouvoyer. Au travail, du moins.

Donc pourquoi devrais-je me forcer à utiliser le «vous» ? Parce qu'une génération nous sépare? Wow, j'ai rarement vu un argument aussi solide.

Mais avouez qu'on a tendance à s'enfarger dans des protocoles et des traditions inutiles en matière de politesse. Prenez les salutations d'usage. Sur scène, avant d'amorcer son discours, la personne doit nommer chaque invité «important» présent dans la salle. La plupart du temps, ce sont des élus ou des hauts dirigeants d'organisations publiques qui sont nommés. Et ça ne s'arrête pas là. La deuxième et la troisième personne à prendre la parole récitent le même chapelet. Chaque fois, je ne peux m'empêcher de rouler les yeux et de soupirer. D'abord, c'est une perte de temps. Deuxièmement, c'est ennuyant pour les autres personnes qui écoutent et qui ne sont pas assez «importantes» pour être nommées. Mais surtout, c'est tellement faux. Ce sont des salutations pas toujours sincères!

Je vais toujours me rappeler de cette journée au Lac-Saint-Jean. Un élu «important» était de passage pour faire une annonce. Mais avant de monter sur scène, je l'ai entendu parler en mal d'un collègue de l'Assemblée nationale. Vraiment en mal! En montant sur scène, il a pris le temps de le saluer, tout en utilisant le «vous».

Vous voyez, ce n'est parce que les gens vous vouvoient qu'ils vous respectent.

Peut-être que mon aversion pour les règles entourant ces pronoms me vient de mon héritage britannique. Les Anglais n'ont pas à se casser la tête avec le «vous» et le «tu». Cette distinction n'existe pas dans la langue de Shakespeare. Même ma mère, une anglophone qui vit au Québec depuis un peu plus de 30 ans, a encore du mal à choisir. Le «vous» peut paraître coincé et peu amical. Le «tu» est-il trop familier?

Les Suédois ont quant à eux banni le «vous» dans les années 60. Voulant se montrer comme une société plus égalitaire, les différentes instances ont progressivement stoppé l'utilisation de ce pronom. Il utilise un pronom universel. Pas si fou comme idée!

Il me semble que ça fait longtemps qu'on veut copier le modèle scandinave, non?

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