Vers la sixième extinction?

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Notre principal tort, à mon avis, n'est pas d'être méchants et de vouloir détruire la nature. C'est beaucoup plus d'être ignorants et d'écouter notre avidité. En matière d'environnement, l'ignorance est la mère de la bêtise. Heureusement, l'ignorance se guérit par l'éducation.

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Claude Villeneuve
Le Quotidien


Les archives fossiles nous apprennent que la Terre a connu cinq grandes périodes pendant lesquelles des événements catastrophiques ont détruit une grande partie de la vie animale et végétale. La plus connue est celle qui a été causée par un impact météoritique il y a 65 millions d'années. Cet événement a fait disparaître les dinosaures. Une autre extinction, plus ancienne a vu disparaître, il y a 450 millions d'années, des animaux marins comme les Trilobites, dont on peut trouver des fossiles dans le calcaire de la région.

Depuis une vingtaine d'années, devant la disparition accélérée d'un grand nombre d'espèces vivantes, certains parlent d'une sixième extinction de très grande envergure, causée cette fois-ci par les impacts des humains sur la planète. C'est la thèse du livre de Élisabeth Kolbert La sixième extinction. Comment l'homme détruit la vie, qui a remporté le prix Pulitzer 2015 et qui vient de paraître en français aux Éditions Guy St-Jean.

L'auteure, une journaliste et militante écologiste, y trace un portrait peu flatteur de notre espèce. On y voit l'Homme responsable depuis 30 000 ans de la disparition des néanderthaliens, puis de la mégafaune (mammifères géants comme le mammouth) sur tous les continents. Idem pour les oiseaux géants comme les moas de Nouvelle-Zélande. Pendant la période historique, les marins européens ont décimé la faune indigène des îles du Pacifique et de l'océan Indien, soit en prélevant des animaux en excès, soit par l'introduction de rats, de porcs et de chats. Tout cela aurait pu être considéré comme anecdotique si la révolution industrielle, qui a permis de nous multiplier par six, n'avait pas aussi entraîné un cortège d'impacts sur la nature, dont les changements climatiques et l'acidification des océans. La pollution et les introductions d'espèces invasives contribuent elles aussi à la disparition d'un nombre toujours plus grand de populations animales et végétales. Nous serions donc le moteur de la sixième extinction de masse dans l'histoire de la planète.

Ce n'est pas un livre scientifique, tant s'en faut, mais Élisabeth Kolbert présente des scientifiques et des anecdotes de l'histoire des sciences dans chaque chapitre. On y apprend comment, au 19e siècle, Georges Cuvier, Charles Lyell, Charles Darwin et bien d'autres ont conçu à travers leurs observations la théorie de l'évolution et celle des extinctions. Chaque chapitre relate aussi les travaux de scientifiques actuels qui permettent de soutenir sa thèse.

Je n'ai rien appris dans ce livre. C'est un sujet que je potasse depuis 40 ans et j'ai vu la plupart des éléments relatés dans le livre au fur et à mesure de mes lectures de revues scientifiques ou de livres d'histoire des sciences. J'ai intégré la sixième extinction à mes cours depuis 15 ans. Je suis donc un peu déçu. Néanmoins, le livre est bien vulgarisé et offre à une personne que ce sujet intéresse une lecture facile, où les concepts sont bien amenés.

Cependant, je n'aime pas le regard porté sur l'espèce humaine par l'auteure.

Notre principal tort, à mon avis, n'est pas d'être méchants et de vouloir détruire la nature. C'est beaucoup plus d'être ignorants et d'écouter notre avidité. En matière d'environnement, l'ignorance est la mère de la bêtise. Heureusement, l'ignorance se guérit par l'éducation.

Ce que la science nous a appris sur la fragilité de la nature nous permet aujourd'hui de mieux gérer nos impacts. Malheureusement, nos gouvernements ne semblent pas l'avoir compris. Les coupes successives dans les budgets scientifiques et dans l'éducation sont un crime contre l'humanité. Elles nous empêchent d'exprimer notre noblesse d'êtres humains. Alors, la sixième extinction a beau jeu, nous lui laissons la porte grande ouverte.

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