Il y a des limites à l'adaptation!

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Les producteurs agricoles québécois s'adaptent continuellement à la technologie.

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Ces dernières semaines, et plus particulièrement depuis l'adhésion du Canada au Partenariat transpacifique (PTP), un certain nombre d'intervenants économiques soutiennent que les producteurs agricoles doivent rapidement prendre le virage de la compétitivité et s'adapter. En fait, les producteurs sont continuellement en mode d'adaptation face aux exigences grandissantes des consommateurs, aux nouvelles technologies, à la compétition internationale et aux fluctuations des prix des marchés mondiaux.

Il est plutôt facile de recommander l'adaptation quand on n'est pas directement touché en tant que commentateur ou soi-disant expert. En fait, les producteurs agricoles québécois s'adaptent continuellement à la technologie, à l'évolution des connaissances et des marchés, à la pénurie de main-d'oeuvre, etc. Je mets quiconque au défi de prendre en main l'administration d'une ferme aujourd'hui et de réussir. Il y a une limite à l'adaptation lorsqu'il est question d'éléments hors du contrôle des producteurs. À plusieurs égards, les producteurs sont aux prises avec les lois et les règlements les plus exigeants en Amérique du Nord, les attentes de leurs concitoyens, l'ouverture des marchés et la non-compétitivité du soutien de l'État.

On demande en effet à nos producteurs d'investir massivement dans leurs entreprises pour se conformer à des normes environnementales toujours plus sévères; le Québec a les règles environnementales les plus strictes en Amérique du Nord. On leur demande d'adopter des pratiques et d'adapter leurs bâtiments en fonction des attentes sociétales en matière de bien-être animal. On leur demande aussi de préserver un modèle d'agriculture familial et des fermes de petite taille. Tout ce qui est gros est suspect, même si nos plus grandes entreprises sont petites comparativement à celles qu'on retrouve chez nos compétiteurs américains.

Alors qu'au Canada, on resserre les critères et l'administration du Programme des travailleurs étrangers temporaires, les États-Unis peuvent compter sur un bassin illimité de travailleurs illégaux, autant dans les fermes que dans les usines de transformation. On exige de nos producteurs des produits de grande qualité qui respectent les normes québécoises, mais on les place en concurrence avec des produits importés souvent mal étiquetés, provenant de pays permettant l'utilisation de médicaments et de pesticides interdits au Canada. On demande aussi à nos producteurs de demeurer compétitifs malgré un climat nordique qui ne les avantage pas toujours. De plus, le Canada a récemment signé deux ententes internationales, le PTP et l'accord avec l'Europe (Accord économique et commercial global), dans lesquelles il offre nos marchés et nos tablettes à des produits étrangers largement subventionnés.

Au même moment, les budgets 2015-2016 dévolus au secteur agricole québécois ont diminué de 14,5%. En 2013, le gouvernement canadien a coupé dans Agri-stabilité et Agri-investissement plus de 260 M$ par année alors que les États-Unis et l'Europe ont maintenu leurs budgets. On resserre aussi les règles de l'assurance stabilisation pour les secteurs de production qui en dépendent. Au Québec, on nous a aussi imposé, depuis 11 ans, un moratoire sur l'augmentation des surfaces cultivées. On nous demande en plus de nous adapter à des importations illégales non contrôlées par les douanes.

Pour revenir au PTP et à ses conséquences, il ne fait aucun doute que les programmes de compensation offerts ne couvriront qu'une portion des pertes des producteurs sous gestion de l'offre et de l'industrie qui en découle. Nos producteurs qui font de l'exportation pourront, quant à eux, profiter des accès négociés seulement si le soutien de l'État est compétitif. Comme pour nos industries, c'est une simple logique mathématique. Depuis dix ans, les productions bovine et porcine enregistrent des baisses au pays malgré toutes les ententes commerciales signées par le Canada et la demande alimentaire croissante. Il y a des limites à la capacité à s'adapter.

Marcel Groleau, président de l'Union des producteurs agricoles du Québec

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