Allahou Akbar

Prise lors de ma journée d'initiation au jeûne... (Photo Le Quotidien, Julien Renaud)

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Prise lors de ma journée d'initiation au jeûne du ramadan, cette photo illustre la joie de vivre des enfants sénégalais, leur enthousiasme, leur simplicité, leur candeur. «Photo, photo, photo!» J'ai entendu ce mot être scandé à maintes reprises lors de mon séjour. Impossible de se promener calmement avec un appareil photo à la main!

Photo Le Quotidien, Julien Renaud

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«Allahou Akbar». Deux mots qui m'ont servi de réveil-matin pendant 65 jours. «Dieu est le plus grand».

À 5h, le muezzin lance l'appel à la prière, qui résonne dans tout le village, grâce à des haut-parleurs. C'est l'invitation à la première de cinq prières quotidiennes.

Certes, mon premier contact avec l'Islam fut quelques grognements sur matelas, mais rapidement, je me suis intéressé à cette facette de la culture sénégalaise: l'attachement à la religion. Une conception presque étrangère pour un jeune Québécois de ma génération. En fait, la religion est aussi présente là-bas qu'elle est absente ici.

J'ai donc entrepris la lecture du Coran, que j'ai dévoré sourate (verset) par sourate. Une quête de réponses dans le livre sacré de l'Islam. Au fil de ma lecture, je notais les extraits de la parole d'Allah qui m'éclairaient, me surprenaient, me choquaient, me charmaient. Ces passages devenaient le prélude d'échanges fort intéressants. Mon but: comprendre et échanger ouvertement, sans jugement de valeur.

«Les hommes ont autorité sur les femmes», «Il est permis d'épouser deux, trois ou quatre, parmi les femmes qui vous plaisent», «Celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les». Après quelques conversations sur l'égalité des sexes, je constate que les femmes sont considérées comme étant sacrées par les hommes, bien que cela puisse être dur à croire lorsqu'on les voit porter leur famille à bout de bras, travailler sans relâche, obéir.

La polygamie? Certaines femmes sont heureuses dans cette réalité qui permet un partage des tâches; d'autres remarquent une hiérarchie entre les femmes, une compétition malsaine, un rapport de supériorité.

Et la violence? Les châtiments corporels sont moins fréquents, mais existent encore. Certaines femmes en subissent. Des enfants en sont aussi des victimes.

Victimes? Les Sénégalais ne se perçoivent pas tous comme tels. «Je pourrais te montrer plusieurs marques de violence que mon père m'a faites. Mais je l'aime pour cela. Je le remercie de l'avoir fait, car je suis sur le droit chemin.»

L'homosexualité est plus qu'un tabou au Sénégal. «Vous livrez-vous à la turpitude alors que vous voyez clair?» Elle est pénalement réprimée et est jugée comme un attentat aux moeurs, un geste contre nature. Tellement tabou, qu'un ami m'a répondu naïvement: «Ça n'existe pas ici... je pense.»

Concernant les mouvements radicaux, le son de cloche est unanime au Sénégal: les extrémistes sont des fous qui déforment les écrits sacrés. Des imposteurs, au même titre que les fusilleurs, les violeurs, les pédophiles, les kidnappeurs d'ici.

Ramadan

J'ai eu la chance d'assister à une transformation complète de Missirah lors du mois du ramadan. Un village devenu bouillonnant tôt le matin et tard le soir, apathique en après-midi.

À la demande et au plus grand bonheur de ma communauté d'adoption, j'ai décidé de participer au jeûne. Une journée. Ne rien boire et ne rien manger de 5h à 19h29, à cette chaleur. Au final, rien de miraculeux à vous raconter. Malgré une journée chargée et chaude, je n'ai ressenti ni la fatigue ni la faim. Par contre, une soif extrême! Une journée, ça va. Un mois, je n'y pense même pas!

À 19h29, j'ai rejoint Cheikh à la hâte pour «rompre le jeûne» à la traditionnelle. Dans l'ordre: deux ou trois dattes, un breuvage chaud, du jus de bissap (feuilles d'hibiscus), de l'eau froide et du pain. Je ne m'y suis pas converti, mais aujourd'hui, je comprends mieux l'Islam. Je respecte, j'estime et j'admire en plusieurs points la facette religieuse de la richesse culturelle des Sénégalais. J'applaudis les valeurs qu'ils en retirent: entraide, dévouement, pardon et résilience. Je me réjouis d'avoir écarté mes préjugés, d'avoir constaté leur distanciation envers certains éléments plus sombres, d'avoir découvert le revers de la médaille.

Notre journaliste Julien Renaud s'est envolé pour le Sénégal cet été afin de participer à un stage de coopération internationale organisé par l'Université du Québec à Chicoutimi. Il a notamment mené un projet d'alphabétisation fonctionnelle en français auprès de femmes du village de Missirah, en plus d'enseigner le français dans une classe du secondaire. Voici la troisième de cinq chroniques relatant cette expérience hors du commun.

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