L'emprise de la peur

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Il y a fort longtemps de cela, alors que j'étais enfant et que j'avais toujours la vie devant moi, je vivais des jours heureux en tant qu'écolier. Je fréquentais l'école Saint-Sacrement et, disons-le, j'étais arrivé à me tailler une place de choix au sein de cette petite communauté.

Comme j'avais la chance d'avoir de bons résultats, et qu'en plus, j'étais plutôt doué pour divertir les autres étudiants, je pouvais bénéficier du meilleur des deux mondes. Or, comme il faut un vilain dans toute bonne histoire, voilà qu'un élève nommé David a emménagé dans le quartier et évidemment, c'est dans ma classe qu'il a atterri.

Si ma mémoire est bonne, David avait auparavant doublé une année scolaire et disons que du haut de son année supplémentaire, il avait une sacrée longueur d'avance sur nous tous. Et ça, c'était sans compter que David était beaucoup plus grand et costaud que les autres étudiants.

Je ne vous cacherai pas qu'à ce moment, le climat avait considérablement changé dans la classe. Tout d'un coup, ce groupe de jeunes écoliers qui était relativement uni allait en quelque sorte se diviser. D'un côté, il y aurait le clan de David, et de l'autre côté, il y aurait les autres.

Or, en choisissant le camp des autres, non seulement on ne bénéficierait pas de l'influence plutôt intimidante de David, mais en plus, on se plaçait ainsi en plein dans la ligne de mire de ce colosse aux mains aussi grosses que celles de Goliath.

C'est quand même fou, car lorsque j'y repense, je me rends compte que ceux et celles qui avaient choisi le clan de David ne l'avaient pas nécessairement fait parce qu'ils ressentaient de la sympathie à son égard, mais bien parce que c'est la peur qui leur avait dicté cela. Peur de faire partie des faibles, peur de se faire écoeurer, peur d'être un «rejet», bref de la peur à volonté. Quant au clan des autres, ceux-ci avaient peut-être fait inconsciemment le pari de croire en une certaine justice. En effet, on leur avait probablement dit qu'ils n'avaient rien à craindre, que celui ou celle qui oserait lever la main sur eux serait aussitôt réprimandé, que l'on choisit ses amis en fonction de nos intérêts et de nos passions et non de la peur, etc.

Pour vous dire vrai, je serais bien curieux de savoir ce que tous ces enfants sont devenus. En fait, je me demande pour qui ils voteront lors des prochaines élections fédérales, mais surtout, pour quelles raisons.

Je vous dis ça parce qu'une fois de plus, c'est à une navrante campagne de la peur à laquelle nous avons droit. Mais ce qui est encore plus désolant dans tout ce bordel, c'est que ça fonctionne toujours aussi bien.

Si on ne va pas chercher votre vote en alimentant la xénophobie, on le fera en vous parlant de votre sécurité. Parce que jusqu'ici, c'est pas mal juste ça que l'électeur lambda retiendra de cette campagne électorale.

Pendant ce temps, la question de l'environnement a été complètement occultée tout comme le démantèlement sournois de la société d'État Radio-Canada. On passe aussi à côté d'un potentiel économique hallucinant en ne remettant pas à l'avant la légalisation du cannabis. On oublie aussi les scientifiques qui sont muselés par le gouvernement. Et du coup, on ne parle pas de la question de la vie privée qui n'a jamais été autant en danger qu'en ce moment.

Si la démocratie est en quelque sorte une espèce de passeport pour la liberté, c'est quand même ironique de constater que la meilleure façon de l'enfoncer dans la gorge de la population, c'est en lui indiquant le chemin vers la plus menaçante des prisons: la peur.

Mais bon, pourquoi s'en étonner? Même David l'avait compris.

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