Vivre avec la peur au ventre

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Marie-Josée Audet, David Villeneuve
Le Quotidien

Marie-Josée Audet et David Villeneuve, tous deux originaires de la région, reviennent à peine d'une mission humanitaire au Moyen-Orient où, en collaboration avec un organisme de terrain, ils sont venus en aide à des chrétiens plongés en plein chaos en raison des conflits à caractère religieux qui ébranlent cette partie du globe. Voici la première de cinq chroniques qui seront publiées les lundis relatant les dessous de cette expérience hors du commun.

Nous voici à notre première visite d'un camp de réfugiés, celui de Karemless. Une dizaine de bâtiments sur deux étages: on se croirait devant des blocs appartements bien québécois sauf qu'ici, 600 personnes y vivent entassées. Au centre, deux tentes données par l'Unicef. L'une distribuant des denrées et l'autre permettant aux enfants de jouer à l'abri du soleil. Des enfants qui démontrent plusieurs signes connus des enfants traumatisés: ils ne partagent pas, s'accrochent littéralement aux adultes qui jouent avec eux et distribuent facilement des coups de pied à leurs camarades. Le camp est aussi l'endroit où nous rencontrons des adultes qui veulent partager leur histoire, tel Samy qui nous invitera chez lui pour le thé. Il y vit avec son épouse, ses deux enfants, sa tante et son oncle. Ils partagent les trois chambres et la pièce commune de leur petit appartement avec deux autres familles. Natif de Mossoul, Samy enseignait l'anglais à l'université et était très fier de vivre dans la deuxième plus grande ville d'Irak. Jamais il n'aurait cru que cette ville emblématique tomberait sous le joug de Daesh (l'État islamique). Or le 6 août 2014, Mossoul était perdue et les rêves de Samy aussi. C'est ce dont il nous parle durant près d'une heure. On comprend qu'il n'a aucun espoir de retrouver sa maison et son travail. Nous ressentons la peur qui le tenaille. Il n'a qu'un seul désir: quitter le pays. Samy prend d'ailleurs des cours de français en croyant pouvoir émigrer en France comme son cousin avant lui. Et s'il pouvait retourner chez lui, le ferait-il? Sa réponse ne viendra pas, mais le geste qu'il pose parle plus que tout: au moment où des chants religieux musulmans appelant les fidèles à la prière retentissent à la télévision, il se lève et éteint le téléviseur avec empressement. Seuls ces mots sortiront de sa bouche: j'ai peur pour mes enfants! Dans les diverses entrevues que nous aurons la chance de mener, une chose reviendra sans cesse de la part des parents: la peur et le besoin de quitter un pays où ils ne se sentent désormais plus en sécurité. Même ici à Erbil, dernier bastion des chrétiens contre la persécution qu'ils subissent de la part des fondamentalistes musulmans. De plus, il est important de ne pas déplaire aux Kurdes dont les valeureux combattants peshmerga assurent pour le moment la protection des chrétiens.

Nous apprendrons toutefois plus tard que les Kurdes n'ont pas accueilli les 150 000 chrétiens de la plaine de Ninive de manière aussi harmonieuse que l'on voudrait le laisser croire: salves de kalachnikovs et regards méprisants trahissaient la crainte d'être envahis par ce trop-plein de miséreux. Suite à leur arrivée, les réfugiés ont été entassés dans des camps de tentes par une température de 45 degrés. Diverses initiatives ont par la suite été mises en place pour leur venir en aide. Un Dominicain, le père Najeeb, interviendra entre autres auprès d'un homme d'affaires afin de reloger les réfugiés dans un immeuble en construction. Il collectera de plus la somme nécessaire pour acheter des cloisons mobiles pour offrir un peu d'intimité à chacune des 200 familles qui allaient y loger. Ces exemples de solidarité nous touchent énormément. Ici, la générosité des réfugiés fait en sorte qu'ils partagent le peu qu'il leur reste. Nous irons au cours de notre mission visiter nombre d'entre eux pour évaluer leurs besoins de première nécessité. Nous y serons toujours bien accueillis, et jamais ces femmes et ces hommes ne se plaindront. Ils accueillent l'aide offerte avec dignité, nous remercient avec sincérité. Ils pourraient être nos frères ou nos parents, mais ils sont nés ailleurs, dans un pays en guerre. Voilà la différence!

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