1er contact à 45 degrés

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Fort de dizaines de milliers d'hommes et responsables d'atrocités, l'EI contrôle de larges pans de territoire en Irak et en Syrie voisine, et a profité du chaos en Libye pour s'y implanter.

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Marie-Josée Audet, David Villeneuve
Le Quotidien

Erbil, 3h du matin. Nous posons les pieds dans cette ville, capitale de la province autonome du Kurdistan irakien, après un vol de trois heures en provenance du Caire. La température est douce à cette heure de la journée, 30 degrés Celsius. Les nuits suivantes seront beaucoup plus chaudes et inconfortables pour les Québécois que nous sommes. D'autant que la climatisation, essentielle par 45 degrés, ne sera pas toujours au rendez-vous, conséquence des coupures régulières d'électricité, sans parler de la piètre qualité des appareils de climatisation. Nous nous consolerons avec le faible taux d'humidité. C'est une chaleur sèche donc plus tolérable, nous encouragerons-nous régulièrement.

Lorsque plus tard nous reparlerons de ce vol, nous ne pourrons nous empêcher de sourire. Nous étions sûrement les deux seuls dans l'avion à scruter l'immense territoire à la recherche de panaches de fumée faisant croire à des attaques. Si la province d'Erbil n'a pas été envahie par l'État islamique, ce n'est pas le cas d'une partie du reste de l'Irak. N'est-ce ce pas la ville de Mossoul qui se détache au loin? Question sans réponse. Un constat demeure: les zones éclairées ici et là nous laissent croire que l'Irak ressemble à bien d'autres pays du haut des airs. Rapidement, nous approchons de notre destination, une zone montagneuse et aride où nous vivrons les prochaines semaines comme volontaires auprès des réfugiés chrétiens.

L'aéroport d'Erbil ressemble à bien d'autres aéroports modernes du monde. Les couloirs sont larges et les gens habillés de façon moderne. Pas de niqab, pas de bruits excessifs, tout semble paisible. Nous nous étions attendus à voir beaucoup de militaires. Nous n'osions qu'à peine utiliser notre caméra, contrairement aux autres passagers de l'avion qui souriaient devant leurs objectifs. Même la douanière était sympathique.

Dès notre sortie de la zone internationale, nous rencontrons Samuel, le chef de mission de l'ONG française avec laquelle nous travaillerons: SOS Chrétiens d'Orient. Créée il y a moins de deux ans, cette dernière intervient dans les divers camps de réfugiés des chrétiens, chassés de leurs villes et leurs villages par Daesh (l'État islamique) à l'été 2014. L'association travaille à faire en sorte que la vie quotidienne y soit plus supportable. Nous logerons dans une maison en compagnie d'autres bénévoles.

La maison est située à Ainkawa, banlieue chrétienne d'Erbil. C'est vers là-bas que s'est dirigée instinctivement la population chrétienne de la plaine de Ninive la nuit du 6 août 2014 lorsque l'ensemble de la région a été pris d'assaut par Daesh. Les habitants chrétiens ont immédiatement dû choisir entre trois options: se convertir à l'Islam, quitter ou mourir. Presque tous ont décidé de quitter pour Ainkawa afin d'y retrouver de la famille, un ami ou à tout le moins une communauté partageant une foi commune. Ils sont donc arrivés par dizaines de milliers en quelques heures à peine, entassés dans des voitures qu'ils ont souvent dû abandonner aux «check-points». La peur leur fera tout abandonner derrière eux, maison, travail, commerce pour ne sauver que l'essentiel, leur famille et leur foi.

Après un an d'attente pour retourner à leur ancienne vie d'enseignants, de comptables, de dentistes, de commerçants ou de fermiers, les réfugiés vivent aujourd'hui entassés dans des camps avec un espoir qui s'amenuise au fur et à mesure que l'attente se prolonge. Que faisons-nous là? Nous voulons leur apporter notre aide, leur dire qu'ils ne sont pas seuls, que nous sommes solidaires de leur sort. C'est le récit de nos rencontres avec ces gens que nous vous présenterons au cours des quatre prochaines chroniques.

Marie-Josée Audet et David Villeneuve, tous deux originaires de la région, reviennent à peine d'une mission humanitaire au Moyen-Orient où, en collaboration avec un organisme de terrain, ils sont venus en aide à des chrétiens plongés en plein chaos en raison des conflits à caractère religieux qui ébranlent cette partie du globe. Voici la première de cinq chroniques qui seront publiées les lundis relatant les dessous de cette expérience hors du commun.

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