Le dilemme

La réforme de l'assurance-emploi donne lieu à un combat de boxe sans favori.... (Photo archives)

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Myriam Ségal
Le Quotidien

La réforme de l'assurance-emploi donne lieu à un combat de boxe sans favori. Dans le coin droit, le gouvernement conservateur, froid et calculateur, un brin méprisant, incapable d'expliquer limpidement et humainement sa réforme. On parlait vendredi de «Macoutes» inquisiteurs et de quotas; la ministre Finley émet un communiqué sibyllin qui dénonce les mensonges sans préciser lesquels, et répète son message désincarné.

Dans le coin gauche, les syndicats et les lobbys de droits sociaux, campés sur des acquis, niant le côté obscur du chômage et jouant sur les émotions. Selon eux, on a coupé son chômage à une femme enceinte de sept mois mise à pied; à un travailleur forestier qui a prévenu un recruteur qu'il retournerait dans le bois dans trois mois. Fantasmes ou réalité? Entre les deux, impuissants, les contribuables désabusés, déchirés entre la logique mathématique déshumanisée de l'un et la fougue excitée des autres.

Ça cloche

Quelque chose cloche dans le régime d'assurance-emploi. Mais, de part et d'autre, on n'a ni la sérénité, ni la lucidité pour l'améliorer.

Des industries en construction, foresterie, tourisme, pêcherie, profitent du régime actuel pour se garantir de la main- d'oeuvre compétente et abondante sans payer pour la garder. Tous les entrepreneurs, qu'ils génèrent ou non du chômage saisonnier, paient le même tarif (environ 2$ par 100$ de salaire versé). Tous les employés, qu'ils réclament chaque année ou jamais, paient environ1,50 $ par 100$ reçus. Dans un vrai système d'assurance, on ne peut déclarer à répétition des sinistres sans voir augmenter ses primes.

Si on récompensait les entreprises qui génèrent moins de chômage, les saisonnières embaucheraient-elles moins de monde pour les faire travailler plus longtemps? L'an dernier, il manquait une ou deux semaines à 250 travailleurs sylvicoles. Élections obligent, le gouvernement a allongé quelques millions pour qu'ils touchent du chômage. Mais si l'entreprise avait embauché 200 travailleurs au lieu de 250, ils auraient fait assez de semaines.

Par exemple, la CSST, financée par les employeurs, impose des primes supérieures aux industries à risque qu'à celles qui préviennent et évitent les accidents. Si on applique la recette au chômage, les entreprises auraient intérêt à moins utiliser le système comme un congélateur qui leur garde au frais leur main-d'oeuvre.

Vaillants et tricheurs

On connaît tous un chômeur saisonnier qui travaille au noir l'hiver dans le déneigement ou la rénovation domiciliaire. On pourrait leur foutre la paix avec la recherche d'emploi s'ils déclarent des revenus, tout en leur gardant des prestations minimales: qu'ils améliorent leur sort par la franchise!

On pourrait aussi donner un congé de prime au travailleur d'une industrie saisonnière qui ne réclame pas durant un certain temps. Car il y a des tricheurs, mais aussi des vaillants: sur la construction l'été, serveur l'hiver. Dans la forêt l'été, sur les camions l'hiver. Mais il n'existe pas de solution d'un océan à l'autre dans ce pays où climat et géographie font la loi!

Les syndicats somment l'État de se mêler de ses affaires: il ne met pas un sou dans la caisse d'assurance-emploi. Il en cambriole cependant tout excédent (pour 57 milliards ces dernières années). Mais le contribuable, qui paie toujours et ne réclame jamais, flaire l'injustice et non la grande harmonie sociale vantée par les syndicats. D'ailleurs, pourquoi exempte-t-on les policiers de la Sûreté du Québec et les députés de payer l'assurance-emploi, mais pas les travailleurs à temps partiel ou étudiants qui n'y ont pas droit? Drôle d'assurance qu'il faut débourser sans y être éligible!

On doit trouver une formule juste pour récompenser la vaillance, la productivité, pour qu'un dollar gagné à la sueur de notre front ait plus de valeur qu'un dollar reçu.

Mais les deux dogmatismes qui s'affrontent broient toute intelligence, lucidité et solution.

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