Mandats limités!

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Isabel Brochu
Le Quotidien

En octobre 2012, le gouvernement de Pauline Marois annonce son intention de limiter le nombre de mandats du premier ministre et des maires des villes de plus de 5000 habitants. Dans une période turbinant à la corruption, plusieurs commentaires s'articulent sur le lien de causalité entre le nombre de mandats et le degré de pourriture d'un système. Mais la corruption n'est pas l'unique raison, ni la plus importante, dans l'idée de forcer l'arrivée de sang neuf.

Mon intérêt pour cette question remonte à 1995 où, sous l'angle du développement régional, j'ai tenté de mesurer le renouvellement des décideurs au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Mon raisonnement était simple et complexe à la fois. Plusieurs facteurs influencent le développement d'un territoire. Toutefois, plus il y a d'idées différentes, plus la capacité créatrice et d'innovation sera grande; plus le territoire sera susceptible de se développer. Si on ne change pas les dirigeants, ou qu'on les remplace par des genres de clones, on ne laisse aucune chance à la nouveauté. Bref, limiter les mandats des élus favoriserait-il l'apport de nouveaux individus pour provoquer des chocs créatifs? Serait-ce une contribution pour de meilleures conditions de développement d'un territoire? Pourquoi pas.

Influence

Il est inutile de démontrer l'importance du rôle d'un élu dans le développement d'un territoire. Sa zone d'influence est vaste et dépasse le cadre municipal en raison du cumul des postes représentatifs des élus. Il siège au conseil de ville, dans des comités ponctuels et permanents, au conseil de la MRC, dans des conseils régionaux, etc. Quels sont les risques si un élu multiplie les mandats et accumule des fonctions pendant une longue période, parfois des dizaines d'années? Ils sont nombreux : connaissance approfondie des modes de fonctionnement qui facilite le contrôle de l'information; blocage systématique des idées qui confrontent une vision unique; multiplication des conflits de rôle et d'intérêts; lacunes dans la représentation de groupes (femmes et jeunes) et de préoccupations sociales émergentes (environnement).

Le risque est réel de produire un conservatisme, voire un immobilisme, au niveau des idées et façons de faire. En 1995, mes données montraient une présence accrue des élus municipaux dans l'organisation régionale. Je doute fort que la situation soit différente aujourd'hui, notamment avec la mise en place des conférences régionales des élus qui leur a donné plus d'importance. L'objectif n'est pas de nier la compétence, l'honnêteté ou la capacité des élus en place. Il s'agit d'admettre que la sécurisante continuité, l'apaisante routine et le confort des idées ne sont pas une garantie mais un frein pour le développement d'un territoire.

Que l'on aborde le projet de limiter les mandats sous l'angle de la démocratie, de la corruption ou du développement d'un territoire, reste qu'il relève d'une question collective et du bien commun. Être un élu municipal n'est pas exercer un métier mais rendre un service public. L'élu qui revendique son droit fondamental de se présenter aux élections autant de fois qu'il le souhaite défend davantage un intérêt personnel que le bien collectif. Évidemment, il serait naïf de croire qu'un seul projet de ce type favorisera un renouvellement des élus ou des idées. Mais avouons qu'il serait tout aussi naïf de croire en la capacité d'un individu à admettre en toute humilité qu'il est temps de quitter, que d'autres pourront faire mieux que lui. On m'a confirmé que ce projet est actuellement en réflexion. Il n'y a pas de travaux prévus à court et moyen terme. Autant dire qu'il est sur la glace. Dommage. En ce qui me concerne, limiter les mandats des élus municipaux est une mesure essentielle.

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