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Le dossier de la minicentrale de Val-Jalbert illustre un intéressant paradoxe:... (Photo archives Rocket Lavoie)

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François St-Gelais
Le Quotidien

Le dossier de la minicentrale de Val-Jalbert illustre un intéressant paradoxe: les projets de nature communautaire qui, en principe, s'articulent en plein dans l'axe du développement durable, sont bien plus faciles à torpiller que des projets d'envergure pilotés par des promoteurs privés. Un constat qui explique pourquoi, depuis quelques mois, pas une journée ne se passe sans que celui de la chute Ouiatchouan ne soit placé sur la sellette alors qu'un projet comme celui du parc éolien de Rivière-du-Moulin, dans la Réserve faunique des Laurentides, bien plus important en matière de production d'énergie et de coûts potentiels pour Hydro-Québec, chemine dans le calme plat bien qu'il implique des promoteurs de l'extérieur...

Critère

Outre les impacts potentiels sur le débit de la chute qui fait la réputation du site, le principal argument employé à l'encontre du projet de Val-Jalbert repose sur les surplus énergétiques avec lesquels devra composer le Québec au cours des deux prochaines décennies. C'est d'ailleurs cette question de surplus qui a motivé deux chefs de partis pourtant aux antipodes sur l'échiquier politique, Amir Khadir et François Legault, à tenir un point de presse commun pour dénoncer le fait que les travaux à Val-Jalbert se poursuivent. Au passage, les deux élus ont commis un impair en dénonçant le fait que ce projet profite à des promoteurs privés. Ce n'est pas le cas. Les partenaires à l'origine de la minicentrale sont publics à 100% (deux MRC, une municipalité et une communauté autochtone se partageront les profits). À moins que François Legault et Amir Khadir aient souhaité dénoncer le fait que les travaux de construction soient confiés à des entreprises privées plutôt qu'à des régies municipales?

Peu importe. Si l'on décide d'utiliser le critère des surplus d'énergie pour juger de la pertinence des projets énergétiques en cours au Québec, soit. Mais alors, c'est envers des projets de centaines de MW tels que celui de Rivière-du-Moulin que les opposants et les militants écologistes devraient tourner leur attention... Pourtant, à l'heure actuelle, la filière éolienne semble bénéficier d'une immunité totale, surplus d'énergie ou pas. La filière hydroélectrique, qui a pourtant permis de lancer l'industrialisation du Québec grâce à l'exploitation d'une ressource renouvelable, fiable et écologique, semble quant à elle tombée en disgrâce.

Vrai que la filière éolienne est intéressante. La réalisation du parc de Rivière-du-Moulin engendrera des retombées au SaguenayLac-Saint-Jean. Les cégeps de Jonquière et de Chicoutimi ont développé des programmes de formation adaptés à ce créneau. Le Bas-Saguenay espère toujours la réalisation de son propre projet éolien afin de se doter, à l'image des communautés jeannoises avec Val-Jalbert ou de Saguenay avec les centrales Pont-Arnaud et Chute-Garneau, d'une source de précieux revenus dédiés à la diversification économique locale au lieu de compter sur l'unique aide directe de l'État. Comme quoi rien n'est aussi tranché qu'il n'y paraît au premier coup d'oeil.

Stratégie

La situation actuelle milite donc ardemment pour que Québec se dote d'une nouvelle stratégie énergétique adaptée au nouveau portrait nord-américain. Les surplus anticipés, issus de sources renouvelables, sont un atout et non un handicap pour la province. C'est le contraire qui serait catastrophique! C'est donc une invitation à explorer de nouveaux créneaux industriels. À cet égard, la dernière suggestion de l'Union des producteurs agricoles du Québec à l'effet d'utiliser l'énergie pour soutenir l'agriculture et la production en serres est loin d'être mauvaise. C'est un exemple des nouveaux horizons qui s'ouvrent au Québec grâce à son énergie verte et abondante.

À lui seul, le critère des surplus énergétiques anticipés pour juger de l'ensemble des projets actuels est dangereux. Il suffit d'un moratoire sur la production des gaz de schiste aux États-Unis pour accroître subitement la demande pour l'énergie du Québec. Ou encore une hausse brutale des cours du pétrole pour changer la donne.

Il est grand temps de placer la question énergétique au coeur d'un «sommet», d'un grand chantier afin d'établir une politique énergétique claire et cohérente, qui ouvre des portes plutôt que d'en fermer, qui soutient les régions et qui crée des emplois dans de nouveaux créneaux. Les écologistes auront alors une tribune privilégiée pour faire part de leurs préoccupations et de leurs suggestions. Le Québec n'a pas à avoir honte de son énergie verte. Elle doit être une source de fierté et de richesse collective.

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