Rajuster le tir

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François St-Gelais
Le Quotidien

Le gouvernement fédéral souhaite-t-il réellement assurer le développement économique et l'occupation du territoire dans les régions ressources du pays? La question se pose depuis que sont entrées en vigueur les nouvelles modalités de gestion du programme d'assurance-emploi. En substance, ces changements obligent les travailleurs saisonniers, au chômage de leur emploi principal, à en accepter un autre, même éloigné de plus de 100 kilomètres de leur lieu de résidence et même moins bien rémunéré, sous peine d'être tout simplement privé de leurs prestations.

«On ne peut reprocher au gouvernement fédéral de chercher à lutter contre les abus, de tenter de mettre ou de remettre sur le marché du travail un maximum de citoyens aptes à occuper un emploi, ou encore de vouloir gérer plus efficacement les fonds publics. Mais, dans leur forme actuelle, les modifications apportées au programme laissent planer de réelles menaces pour des économies à l'équilibre aussi fragile que celle du SaguenayLac-Saint-Jean et des autres régions ressources», écrivait en cette colonne l'auteur de ces lignes en juin dernier, lorsqu'Ottawa a dévoilé la teneur de sa réforme du programme d'assurance-emploi.

À l'époque la position du fédéral manquait de nuance et de sensibilité à l'égard des économies et de la structure sociale des régions ressources. Au cours des derniers mois, divers intervenants économiques et des syndicats d'ici et d'ailleurs au Canada ont sonné l'alarme et réclamé des changements aux changements... Il y a eu des levées de boucliers et plusieurs assemblées de travailleurs, dont ici-même dans la région. Des perches ont été lancées au ministre Denis Lebel, député de Roberval-Lac-Saint-Jean. Mais, le gouvernement Harper n'est pas facile à ébranler... Ces appels sont donc restés sans réponse, avec pour résultats que les craintes d'hier sont les réalités d'aujourd'hui. Et que l'inquiétude grandit au SaguenayLac-Saint-Jean, au Québec et aussi dans les provinces Atlantique. Dommage. Car il suffirait vraisemblablement de quelques ajustements somme toute mineurs pour rendre davantage acceptable un projet de réforme qui vise des objectifs par ailleurs légitimes.

Conséquences

Au SaguenayLac-Saint-Jean, les changements au programme de l'assurance-emploi touchent directement ses principaux moteurs économiques. D'où les inquiétudes encore plus virulentes qu'ils soulèvent ici. Les travailleurs oeuvrant dans le tourisme, l'agriculture, certains secteurs de l'industrie de la construction voire des enseignants ou des chargés de cours sont concernés. Et, évidemment, les travailleurs de la forêt, au premier plan les sylviculteurs... Selon la CSN SaguenayLac-Saint-Jean, environ 44% des prestataires d'assurance-emploi de la région sont concernés par les modifications. C'est énorme car cela signifie que les travailleurs saisonniers jouent, dans la région, un rôle très important et sont particulièrement bien intégrés dans sa structure socioéconomique.

C'est donc dire que d'obliger tous ces travailleurs à trouver ici un emploi dans un autre domaine en période creuse est utopique. On imagine bien les conséquences catastrophiques pour le SaguenayLac-Saint-Jean si tous ces citoyens, ne serait-ce qu'une part, d'entre eux, quittaient la région avec leur famille pour aller trouver un emploi permanent ailleurs. Toute une saignée démographique en perspective et toute une perte d'expertise en vue! Car, les travailleurs saisonniers, peu importe l'emploi occupé, ont à peu près tous des compétences et des connaissances pointues. Il est donc aussi utopique de penser que ces travailleurs sont facilement remplaçables et interchangeables, sans conséquence pour les employeurs et l'économie. De plus, les modifications au programme de l'assurance-emploi risquent d'avoir un impact négatif important sur le recrutement de la main-d'oeuvre absolument nécessaire au bon fonctionnement de l'industrie forestière, de l'hôtellerie, de la restauration et du tourisme. En effet, pourquoi choisir ces secteurs d'activités lorsque l'on est incertain de juste survivre lorsqu'ils connaissent leur passage à vide «normal» ?

S'ils visent des objectifs louables, les changements apportés par le gouvernement Harper au programme d'assurance-emploi manquent de nuances et risquent de causer, pour des régions ressources fragilisées par la dernière crise économique, des dégâts bien pires que le mal qu'ils tentent de guérir. Pour Ottawa, dans ces circonstances, ce ne serait pas un recul que de revoir sa position dans ce dossier, avant que les dommages ne soient trop importants.

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