Ni Dieu ni diable

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Myriam Ségal
Le Quotidien

Trois jeunes de Charlesbourg sont inculpés de complot pour meurtre. Ils projetaient d'entrer dans leur école secondaire, le 31 mai, et d'y abattre des collègues et professeurs. Ils en discutaient sur Facebook, cherchaient des armes, élaboraient un plan. Un de leurs «amis» a alerté son prof, qui a appelé la police. Ouf! Drame évité ou mauvaise blague?

Sans doute un peu des deux. Une boutade, une frustration, et sur l'instantanéité du réseau social, les doigts et l'imagination démarrent, l'hypothèse prend forme, on se «crinque», on se prend au jeu. Sauf que ce n'en est pas un.

J'entends blâmer Facebook, reprocher aux jeunes leur transparence totale sur ce réseau. Pas d'accord. Heureusement qu'il y a eu Facebook! Sinon, on n'aurait rien su de leur dérapage, de leur dérive mentale, du danger éventuel.

Les trois jeunes viennent, paraît-il, d'un milieu sage, sans histoire. Comme beaucoup, ils passaient sous le radar, invisibles dans nos polyvalentes monstrueuses. Dans l'impitoyable guerre que s'y livrent les adolescents pour établir leur place dans la meute, ils étaient plutôt les intimidés que les intimidants. Comme plusieurs auteurs de massacres aux États-Unis.

Je connais un cas où un suicide a été évité de justesse grâce au média social. Un jeune a alerté sa mère quand il a lu le désarroi d'un ami «FB» de 15 ans. Elle a appelé les services sociaux, qui ont contacté les parents, intervenus juste à temps. Facebook n'est ni Dieu ni diable, mais un peu des deux. Comme nous.

Travail de parent

Parents, nous devons suivre nos jeunes sur les réseaux sociaux et dans leurs textos. Ils crieront au viol de l'intimité. Qu'importe! Nos parents nous montraient à répondre poliment au téléphone, gardaient une oreille tendue, en encadraient l'usage.

La tâche s'est épouvantablement complexifiée. Nous devons exiger d'être «ami FB» de nos enfants. Pas pour intervenir en ligne; pour rectifier privément des comportements publics, fixer des limites, expliquer les risques. On leur confie un cellulaire, bien pratique dans nos vies frénétiques. Il faut le saisir de temps en temps et vérifier les textos, les heures d'envoi, pour départager utilité et distraction.

La technologie évolue plus vite que notre capacité d'éduquer. Il y a FB, mais aussi d'autres réseaux, le texto, les «chats» des consoles de jeux... Nous parents, avons toujours une longueur de retard: il nous faut comprendre, apprivoiser le média avant d'en fixer les paramètres pour des jeunes qui maîtrisent mieux et plus vite que nous les contrôles parentaux.

Maternitude

Mea culpa. Devant certains indices, j'ai un jour sommé un de mes fils de m'ouvrir son Facebook, y compris ses messages privés. Sinon, plus d'ordi, ni de iPod touch. (La marâtre refuse le cellulaire avant le diplôme de secondaire V!) Bien m'en prit: le niveau de langage, la brutalité des conversations, le contenu, m'ont prouvé l'urgence d'une intervention rigoureuse. Le déraillement avait commencé... je n'en voyais rien.

Une de mes amies représente l'icône un peu culpabilisante de la mère idéale. Son couple est uni, elle est présente, douce et attentive, matin, midi et soir pour sa progéniture. Et pourtant, un de ses enfants a dérapé. Les autres s'épanouissent bien. Même éducation, mêmes parents: l'un pousse droit, l'autre pas; mystère mortifiant de la «maternitude». Car maternité et solitude vont de pair. Seule devant l'énigme, on prend du temps à réaliser, à demander de l'aide: on se sent si coupable! La grand-mère du jeune à peine majeur arrêté pour l'incendie du 21, Price Ouest, suppliait dans les médias que l'on ne juge pas les parents, qui ont tout essayé pour éviter l'embardée. Je la crois.

Bien des parents d'ados vivent avec la peur au ventre des mauvaises rencontres, des dérives marquées au coin de la témérité naturelle des jeunes. La technologie nous complique la vie, mais nous laisse aussi un accès. Ne blâmons pas l'outil. Servons-nous-en!

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