Jean Tremblay insulte la mémoire d'Antonio Talbot

Partager

Le maire de Saguenay, Jean Tremblay, est un impulsif. En lançant à brûle-pourpoint son projet de renommer le boulevard Talbot du nom de Marina Larouche, il commet tout un impair. Non seulement il risque que la conseillère municipale de Chicoutimi essuie une rebuffade, mais en même temps, il offense la veuve d'Antonio Talbot et leurs descendants.

Car la route du parc des Laurentides a déjà un nom, celui de boulevard Talbot pour la portion urbaine de Saguenay. La route elle-même, jusqu'à Stoneham, porte le nom au complet: Antonio Talbot. Faut-il rappeler qu'il est l'un des politiciens les plus influents de son temps. Pour un changement de nom, la proposition soumise doit être appuyée par un solide argumentaire et faire consensus. Cela est loin d'avoir été fait.

Ce projet du maire ressemble à un gros ballon politique pour tâter le terrain. Or, ce faisant, il commet une indélicatesse à la fois à l'égard de la famille Talbot, mais aussi envers Marina Larouche qui ne mérite pas d'être mêlée à une telle controverse, d'autant plus qu'elle n'a rien demandé. Son idée, nous n'en doutons pas, part d'une bonne intention. Sauf qu'elle est carrément inélégante et déplacée.

Pour la petite histoire

C'est le 22 juillet 1948 que le pavage de la route du Parc a été complété. Le 30 septembre 1951, celle-ci a été inaugurée en présence du premier ministre, Maurice Duplessis, et du ministre de la Voirie, Antonio Talbot qui, incidemment, a occupé le poste de 1944 à 1960.

En clair, Antonio Talbot nous a sortis des chemins de terre. C'est une étape déterminante qui a permis à la région d'avoir un accès privilégié vers Québec. Cette voie a succédé à l'antique sentier des Jésuites du XVIIe siècle dans la partie ouest et au chemin des Poteaux du début du XXe siècle. Imaginez comme on partait de loin!

Une sacrée bonne raison

Ce n'est pas pour rien que les noms, véritables repères géographiques et historiques, sont officialisés. C'est pour les protéger contre les humeurs du moment et les caprices des gens. Et c'est en plein ce que nous fait vivre Jean Tremblay.

Pour qu'un nom soit homologué, la personne que l'on veut honorer doit être décédée depuis au moins un an. D'autres règles s'appliquent, comme celle interdisant de donner une désignation publicitaire. Surtout, l'idée ne doit pas susciter la controverse. S'il n'y a pas de consensus social, le projet n'ira pas loin. Pour changer un nom, il faut donc une sacrée bonne raison.

Municipalités

Une municipalité peut décider de nommer un édifice du nom d'une personnalité, comme l'auditorium Michel Côté, à Alma. La ville détient les pleins pouvoirs. Il n'est donc pas nécessaire de passer par la Commission de toponymie, sauf si l'on tient à faire officialiser le nom.

On pourra aussi donner l'exemple de l'autoroute Henri IV, à Québec. Ce nom, précisons-le, a été maintenu. Seule la portion qui part de la fin de l'autoroute jusqu'à la base militaire (Jacques-Cartier) a été changée pour route de la Bravoure. Ce changement a été accepté par la Commission parce que ce nom est déjà très présent dans la toponymie du Québec, ce qui n'est pas le cas pour Henri IV.

Quant à l'infrastructure de la route du Parc, elle n'appartient pas à Saguenay, mais au ministère des Transports. Donc, pour un changement de nom, il faudrait consulter les municipalités qui la traversent, soit Saguenay et Stoneham. La Commission de toponymie, qui a la compétence pour déterminer ou changer le nom des lieux, compte sept commissaires et un secrétaire nommés pour cinq ans. Leur mandat peut être renouvelé. Ce sont généralement des historiens et des géographes. Donc, des gens qui s'y connaissent en la matière.

Femme méritante

Il ne fait aucun doute que la conseillère Marina Larouche est une femme dont le dévouement pour la chose publique est appréciable. Elle mérite aussi notre respect et notre considération pour avoir travaillé ferme pour l'obtention d'une route à quatre voies divisées dans le Parc.

Cependant, on ne peut ignorer le grand travail de toute une communauté, incluant André Harvey, ex-député conservateur, qui a obtenu que la route intègre le réseau national. Comme les libéraux étaient au pouvoir, il a même changé de camp pour mettre de la pression sur le fédéral. Un pari réussi. Au Québec, même boudé par les électeurs de la région, le gouvernement de Jean Charest ne s'en est pas formalisé et il a réalisé la route de A à Z pendant ses neuf ans au pouvoir.

Cela dit, on ne peut négliger pour autant l'immense travail de nos bâtisseurs, ceux qui nous ont permis de sortir du bois. Antonio Talbot est un de ceux-là. Nous avons un devoir de mémoire et de reconnaissance envers eux.

C'est bien parce que toute décision ne doit pas être émotive, mais éclairée et responsable que la Commission de la toponymie existe. Sinon, on agirait comme des girouettes. On comprend mieux, aujourd'hui, toute son importance.

Faisons confiance au maire Jean Tremblay pour reconnaître de belle façon, mais d'une autre manière qu'en voulant renommer le boulevard Talbot, la contribution de sa conseillère municipale.

JUSTE ÇA !

Les opposants au projet de construction d'une minicentrale au Village historique de Val-Jalbert veulent faire reculer la première ministre du Québec, Pauline Marois. C'est beau l'optimisme !

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer